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Les métaux qui redessinent l’ordre économique mondial

J. Safra Sarasin
Cuivre, lithium et terres rares détrônent le pétrole. Zoom sur un levier d’investissement devenu hautement stratégique.
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Le cuivre, le lithium ou les terres rares ne sont plus de simples matières premières industrielles. Ils sont devenus les nouveaux piliers de la souveraineté économique et des leviers d’investissement incontournables pour les décennies à venir.

Pendant la majeure partie du XXe siècle, le pétrole dictait les équilibres géopolitiques et les cycles économiques. Aujourd’hui, un groupe bien plus large de métaux et minéraux lui dispute ce rôle central. Sans eux, l'électrification s’arrête, les infrastructures numériques stagnent, et les capacités de défense sont réduites.

Ce basculement ne s’explique pas par un phénomène isolé, mais par la conjonction de plusieurs transitions structurelles simultanées : l'électrification des transports et de l’industrie, le déploiement massif des énergies renouvelables, l’expansion rapide des centres de données portée par l’intelligence artificielle, ou la poursuite de l’urbanisation dans les marchés émergents. Chacune de ces transitions est intensive en matériaux extraits du sol et intégrés dans des infrastructures tangibles.

Une géopolitique de la ressource

La concentration géographique de la production aggrave les tensions. L’Australie assure à elle seule près de 40 % de la production mondiale de lithium, tandis que le Chili représente près de 25 % de celle du cuivre. La Chine, quant à elle, domine le raffinage et la transformation de nombreux métaux critiques, une position construite sur des décennies de politique industrielle.

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Face à ces dépendances, les gouvernements réagissent. Les États-Unis financent des programmes de production domestique de matériaux pour batteries ou terres rares. L’Union européenne a adopté le Critical Raw Materials Act pour réduire sa dépendance aux importations. Le G7 coordonne des initiatives de diversification des chaînes d’approvisionnement. Les contrôles aux exportations, les droits de douane et les mécanismes d’ajustement carbone aux frontières sont devenus des instruments de politique économique autant que commerciale.

Une offre structurellement contrainte

Si la demande s’accélère sous l’effet de ces transitions multiples, l’offre peine à suivre. Le développement d’une nouvelle mine peut exiger une décennie ou plus, depuis l’exploration jusqu'à la mise en production.

À cette contrainte temporelle s’ajoutent la baisse des teneurs en minerai dans les mines matures, la hausse des exigences environnementales et sociales, l’intensité en eau et en énergie des procédés d’extraction, ainsi qu’un risque croissant de nationalisation des ressources. Par ailleurs, après le cycle baissier des années 2010, de nombreuses compagnies minières ont adopté des stratégies d’allocation du capital plus conservatrices, limitant les nouveaux projets.

Actions minières : un accès privilégié à la hausse des métaux

Dans ce contexte de hausse structurelle des prix des métaux, les actions des sociétés minières présentent des avantages significatifs. Le premier tient à l’effet de levier opérationnel naturel dont bénéficient les mineurs : leurs coûts étant en grande partie fixes, toute hausse du prix du métal se traduit de façon amplifiée au niveau des marges.

Le deuxième avantage est celui du dividende. Détenir un métal physique ou un instrument dérivé ne génère pas de dividende. Les actions minières, elles, en distribuent. Le secteur des métaux et mines (indice MSCI) affiche un rendement d’environ 2,4 % et les grandes sociétés minières dépassent souvent ce niveau.

Ce que cela signifie pour les investisseurs

Pour les portefeuilles, l’exposition aux matériaux stratégiques peut s’envisager à plusieurs niveaux de la chaîne de valeur. Les sociétés minières offrent un levier direct sur les prix des matières premières, mais elles sont également cycliques. Les acteurs du raffinage et de la transformation capturent de la valeur via le contrôle de goulots d'étranglement technologiques. Les fabricants d'équipements bénéficient des cycles d’investissement minier avec une récurrence de revenus qui lisse la volatilité. Les recycleurs constituent une source d’approvisionnement secondaire dont l’importance croît à mesure que les contraintes de ressources s’accentuent. Enfin les opérateurs de réseaux électrique participe également indirectement. Ces différents segments offrent une participation aux grandes tendances structurelles de l'électrification et de la digitalisation, une protection contre l’inflation, et une diversification par rapport aux secteurs traditionnels.

Cette diversité est précisément ce qui rend l’univers des matériaux stratégiques attrayant. Néanmoins, cela ne dispense pas les investisseurs d’une discipline rigoureuse. La volatilité des marchés de matières premières, les aléas réglementaires et le risque de nationalisation des ressources exigent une gestion active et une sélection rigoureuse. Le XXIe siècle sera défini non seulement par l’innovation technologique, mais aussi par la compétition autour des ressources physiques qui la rendent possible. La chaine de valeur des matériaux stratégique représente ainsi une thématique d’investissement incontournable.

[1] IEA (2025), Share of top refining country for 20 energy-related minerals, IEA, Paris https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/share-of-top-refining-country-for-20-energy-related-minerals, Licence: CC BY 4.0

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