La BCE craint l’impact des crypto pour la stabilité financière
L’avertissement tombe à point nommé, quinze jours après l’effondrement du stablecoin Terra. Les crypto-actifs finiront par poser un risque pour le système financier, en raison de leur démocratisation et de leurs liens croissants avec les banques et les investisseurs institutionnels, a estimé, le 24 mai, la Banque centrale européenne (BCE), qui a publié par anticipation sur son site internet un chapitre de son rapport semestriel de stabilité financière.
«La nature et la taille des marchés de crypto-actifs évoluent rapidement, et si les tendances actuelles se poursuivent, ils poseront un risque à la stabilité financière», relèvent les experts de la BCE. La banque centrale reconnaît que la fonte de la capitalisation des crypto, estimée à 1.300 milliards de dollars depuis novembre, n’a pas eu d’effets de contagion. Mais le point de non-retour pourrait être rapidement atteint, car les barrières avec la finance traditionnelle tombent les unes après les autres.
10% des ménages ont investi
Le bitcoin ou l’ethereum, présentés à l’origine comme des placements décorrélés des actifs traditionnels, réagissent de plus en plus comme les actions lors des stress de marché. Qu’il s’agisse de mars 2020 ou des coups de chaud de novembre 2021 et mai 2022, leurs prix présentent une corrélation croissante avec ceux des autres actifs risqués, «ce qui rend douteuse leur utilité pour diversifier un portefeuille», relève la BCE.
La banque centrale ajoute que l’interconnexion des crypto avec le système financier traditionnel, encore limitée, s’accroît. Les banques développent par exemple des services de conservation de crypto-actifs. Des produits régulés, comme les fonds indiciels cotés (ETF) ou les contrats futures, permettent aux investisseurs institutionnels ou particuliers de parier sur ces actifs. L’enquête de la BCE sur les attentes des consommateurs, réalisée en novembre dernier dans six pays de la zone euro (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie et Pays-Bas), montre que 10% des ménages auraient acheté du bitcoin ou un équivalent. Ces taux varient de 6% en France à 14% aux Pays-Bas.
L’effet de levier, constante du risque systémique, caractérise également l’univers crypto. Des plateformes d’échange, comme Binance, permettent aux investisseurs de miser jusqu’à 125 fois leurs fonds grâce à la dette, mais les superviseurs financiers ne disposent pas de données claires sur le niveau de levier dans le système. Enfin, le développement embryonnaire de la finance décentralisée (DeFi) met en jeu des mécanismes là aussi potentiellement déstabilisants, avec des systèmes de prêts gagés sur des crypto.
La réglementation MiCa, nécessaire mais pas suffisante
La Banque centrale européenne identifie dès lors quatre canaux de transmission de risque pour la stabilité financière. Les effets de richesse, ceux de confiance, si les agents économiques voient la valeur de leurs placements s’effondrer, l’exposition du secteur financier traditionnel, et l’utilisation des crypto comme moyen de paiement.
Si l’Union européenne travaille à une régulation des crypto-actifs – MiCa, «à approuver en urgence» –, la BCE considère celle-ci comme une première étape. Elle invite notamment tous les régulateurs à faire preuve de vigilance dès qu’une réforme accroîtra les connexions entre les univers des actifs numériques et de la finance traditionnelle.
Plus d'articles du même thème
-
Les grandes banques américaines font le pari des dépôts tokenisés
JPMorgan, Bank of America, Wells Fargo et Citi devraient lancer au premier semestre de l'année prochaine un réseau de dépôts tokenisés. -
Goldman Sachs intègre un fonds immobilier dans sa blockchain
La plateforme d’Apex Group prend en charge l’intégration, le traitement des transactions, le service aux investisseurs et le reporting réglementaire à travers les juridictions. -
En Italie, un consortium bancaire émerge pour lancer un stablecoin euro
Le réseau de paiement Bancomat annonce la création d'un consortium de neuf banques italiennes pour lancer un stablecoin euro appelé Eur.Bank d'ici la fin de l'année ou au début de 2027. D'autres banques devraient rejoindre le partenariat.
ETF à la Une
WisdomTree rejoint la course aux ETF spatiaux en Europe
- L'extravagante valorisation de SpaceX suscite le vertige
- Les banques affûtent leur stratégie de conquête dans l’immobilier
- Airbus se dirige vers un deuxième trimestre réjouissant
- La stratégie d'investissement de détail européenne provoque une poussée de fièvre côté français
- BNP Paribas Fortis, déjà numéro un, veut se dépasser en Belgique
Contenu de nos partenaires
-
RéarmementLa France compte 80 ogives nucléaires de plus, voici pourquoi
Le nombre d’armes atomiques est appelé à repartir à la hausse, souligne l’institut suédois Sipri, après des années de baisse structurelle portée par la Russie et les Etats-Unis -
Montagnes russesCette erreur de diagnostic qui a plombé toute réforme des retraites sous Macron
En 2016, le Conseil d'orientation des retraites publie un rapport rassurant sur l'état financier du système. Un rapport trop optimiste qui a nourri la défiance -
Jean-Hervé Lorenzi : « Notre grand problème, c’est le choc démographique à venir »
Le président des Rencontres Economiques d'Aix-en-Provence juge que le vieillissement de la population coûtera entre 30 et 50 milliards d’euros par an d’ici trois à quatre ans. Pour la fin 2026, il table sur une croissance nulle, avec une inflation de l'ordre de 2 à 3 %