Cryptos, un salutaire retour sur Terre
Les arbres ne montent pas au ciel et encore moins jusqu’à la Lune. Coutumière des coups de tabac sur les marchés, la confrérie du bitcoin traverse une crise existentielle.
L’effondrement du Terra et du Luna, un jeton qui disait caler en permanence sa valeur sur celle du dollar, ébranle tout l’édifice des crypto-actifs. Celui-ci s’est construit de manière anarchique alors que grandissait la vague spéculative – on peut lui trouver des airs de pyramide, époque Ponzi. Il prétend surtout assurer ses fondations grâce aux stablecoins, qui jouent le rôle de sas entre devises traditionnelles et crypto, et autour desquelles la finance décentralisée a bâti des placements aux rendements alléchants. C’est ce même mécanisme qui menace aujourd’hui de se désagréger.
Il est tentant de retourner quinze ans en arrière. Quand la bulle immobilière américaine a explosé, des années de politique monétaire accommodante et de primes de risques écrasées avaient poussé les investisseurs vers des produits structurés de crédit qui se révélèrent des boîtes noires. En 2008, après la faillite de Lehman Brothers, le plus grand fonds monétaire américain avait cassé le plancher d’un dollar, en dessous duquel il avait promis de ne jamais tomber. Les cryptos répliquent bon nombre de défauts du système de l’époque : aucune garantie des dépôts, des promesses de rentabilité déconnectées de la réalité, une absence totale de transparence sur la qualité des actifs censés préserver la valeur des stablecoins. Et bien sûr, une régulation très perfectible, par nature à la traîne de l’innovation financière.
Risque de contagion ?
La remontée des taux a servi de détonateur. Elle ramène le bitcoin et consorts à leur essence : des produits spéculatifs susceptibles de pimenter une allocation d’actifs, mais pas des réserves de valeur ou des monnaies. Le dollar se porte comme un charme, les banques centrales boivent du petit lait à l’heure où les crypto bros ravalent leur arrogance.
Reste à savoir si les difficultés de l’écosystème peuvent contaminer la finance traditionnelle, comme l’avait fait le subprime en 2007. Leur caractère systémique ne semble pas établi, à ce jour. Si des investisseurs particuliers qui avaient cru aux contes de fées se bornent à constater leurs pertes, seule leur consommation personnelle en sera affectée.
La liquidation de portefeuilles d’actifs détenus par des stablecoins comme le tether pourrait en revanche entraîner des effets de bord sur d’autres classes d’actifs. Mais les autorités de supervision n’en savent rien, ces acteurs issus de la tech considérant qu’ils n’ont pas à rendre de comptes. Le coup de semonce de ce mois de mai donne l’occasion aux régulateurs de reprendre la main et surtout d’harmoniser leur approche d’un phénomène mondial qui ne connaît pas de frontières. Une nécessité, pour éviter que le prochain Terra ne mute en crise financière.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse