A bien des égards, le système des cryptomonnaies rappelle celui des subprime de la fin des années 2000.
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Alexandre Garabedian
La chute du Terra ébranle le monde des crypto-actifs.
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Les arbres ne montent pas au ciel et encore moins jusqu’à la Lune. Coutumière des coups de tabac sur les marchés, la confrérie du bitcoin traverse une crise existentielle.
L’effondrement du Terra et du Luna, un jeton qui disait caler en permanence sa valeur sur celle du dollar, ébranle tout l’édifice des crypto-actifs. Celui-ci s’est construit de manière anarchique alors que grandissait la vague spéculative – on peut lui trouver des airs de pyramide, époque Ponzi. Il prétend surtout assurer ses fondations grâce aux stablecoins, qui jouent le rôle de sas entre devises traditionnelles et crypto, et autour desquelles la finance décentralisée a bâti des placements aux rendements alléchants. C’est ce même mécanisme qui menace aujourd’hui de se désagréger.
Il est tentant de retourner quinze ans en arrière. Quand la bulle immobilière américaine a explosé, des années de politique monétaire accommodante et de primes de risques écrasées avaient poussé les investisseurs vers des produits structurés de crédit qui se révélèrent des boîtes noires. En 2008, après la faillite de Lehman Brothers, le plus grand fonds monétaire américain avait cassé le plancher d’un dollar, en dessous duquel il avait promis de ne jamais tomber. Les cryptos répliquent bon nombre de défauts du système de l’époque : aucune garantie des dépôts, des promesses de rentabilité déconnectées de la réalité, une absence totale de transparence sur la qualité des actifs censés préserver la valeur des stablecoins. Et bien sûr, une régulation très perfectible, par nature à la traîne de l’innovation financière.
Risque de contagion ?
La remontée des taux a servi de détonateur. Elle ramène le bitcoin et consorts à leur essence : des produits spéculatifs susceptibles de pimenter une allocation d’actifs, mais pas des réserves de valeur ou des monnaies. Le dollar se porte comme un charme, les banques centrales boivent du petit lait à l’heure où les crypto bros ravalent leur arrogance.
Reste à savoir si les difficultés de l’écosystème peuvent contaminer la finance traditionnelle, comme l’avait fait le subprime en 2007. Leur caractère systémique ne semble pas établi, à ce jour. Si des investisseurs particuliers qui avaient cru aux contes de fées se bornent à constater leurs pertes, seule leur consommation personnelle en sera affectée.
La liquidation de portefeuilles d’actifs détenus par des stablecoins comme le tether pourrait en revanche entraîner des effets de bord sur d’autres classes d’actifs. Mais les autorités de supervision n’en savent rien, ces acteurs issus de la tech considérant qu’ils n’ont pas à rendre de comptes. Le coup de semonce de ce mois de mai donne l’occasion aux régulateurs de reprendre la main et surtout d’harmoniser leur approche d’un phénomène mondial qui ne connaît pas de frontières. Une nécessité, pour éviter que le prochain Terra ne mute en crise financière.
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