Le droit de la concurrence va sans doute évoluer en Europe
Malgré les aides apportées à de nombreux secteurs d’activité par les pouvoirs publics suite à la pandémie de Covid-19, certaines entreprises de l’Union européenne auront du mal à éviter la faillite consécutive à la chute brutale de la demande sur leurs marchés finaux. La seule solution pour sauver leurs actifs passera alors par un adossement potentiel à une entreprise concurrente disposant d’une assise financière plus confortable. Mais cette possibilité se heurte à l’application jusqu’à présent très stricte des règles édictées par Bruxelles en matière d’opérations de concentration visant des sociétés en difficulté.
En vertu d’un principe nommé «exception de l’entreprise défaillante» (failing firm defence ou FFD), une concentration horizontale normalement interdite par la Commission européenne pourra être avalisée s’il peut être prouvé que la détérioration inévitable de la structure du marché liée à cette opération découle non pas du projet de fusion mais de la fragilité financière extrême de la cible. Les entreprises cherchant à se prévaloir de cette disposition devront satisfaire à trois critères cumulatifs, le rejet d’un seul d’entre eux étant suffisant pour disqualifier la transaction. Par extension, cette autorisation peut également concerner la branche déficitaire d’un groupe plus important (FDD ou failing division defence).
Il faut d’abord prouver que si elle ne tombait pas dans le giron d’une société rivale, la cible serait contrainte de faire faillite à brève échéance. Les parties prenantes doivent ensuite démontrer qu’il n’existe aucune autre alternative de reprise moins dommageable pour la concurrence. Elles doivent enfin prouver que les actifs de l’entité défaillante disparaîtraient du marché si la concentration n’était pas mise en œuvre. Depuis plus de 25 ans, seulement quatre transactions invoquant la FFD ont été acceptées par Bruxelles en vertu du respect rigoureux de ces critères. A cet égard, la direction générale de la concurrence de la Commission européenne ne tient pas compte de l’impact de sa décision sur le droit social ou sur l’emploi.
La situation sans précédent créée par la crise sanitaire pourrait néanmoins conduire Bruxelles à revoir sa doctrine. «Dans les secteurs les plus affectés par le coronavirus comme le tourisme, le transport aérien ou la distribution non-alimentaire, la reprise d’entreprises en difficulté grâce à la FFD permettrait de maintenir des infrastructures ou des droits de propriété intellectuelle très importants pour l’économie européenne», explique à L’Agefi Jacques Buhart. associé au cabinet d’avocats McDermott, Will & Emery.
«L’assouplissement de la position de Bruxelles envers la FFD serait d’autant plus facile que cette disposition n’est pas inscrite dans le règlement relatif au contrôle des concentrations de l’Union européenne», poursuit l’avocat. «Elle résulte d’une pratique mise en place par l’exécutif européen puis validée par la Cour de justice, de l’Union européenne (CJUE) », précise-t-il. Un allégement des procédures de documentation et d’information permettrait d’accélérer la prise de décision des autorités européennes. Pour remplir le premier critère, l’attestation d’une banque ou d’un cabinet d’audit semble ainsi suffisant.
Par ailleurs, la plupart des demandes de FFD ont été examinées par Bruxelles en phase 2, ce qui correspond à l’ouverture d’une enquête approfondie dont la durée minimale est de 90 jours. «L’examen de ces opérations en phase 1, qui prend entre 25 et 35 jours, permettrait aux entreprises concernées de présenter leurs arguments dès le stade de la pré-notification et de ne pas risquer une liquidation judiciaire de la cible avant même de connaître la décision de la Commission», relève Jacques Buhart.
Plus d'articles du même thème
-
L'Europe inflige pour près de 900 millions d'euros d'amendes à Google
Il s'agit des premières sanctions infligées au groupe américain par la Commission dans le cadre du Règlement sur les marchés numériques. -
La vente de SFR sera examinée par l'Autorité de la concurrence française
C’est finalement l’Autorité de la concurrence française qui va passer au crible l’offre conjointe de 20,35 milliards d'euros émise par Orange, Iliad et Bouygues pour le rachat de leur concurrent SFR, a-t-elle annoncé, mercredi 15 juillet. -
La lutte fait rage entre les transporteurs à bas prix en Europe
En dehors des poids lourds Ryanair, EasyJet et Wizz Air, ce segment de marché attire les compagnies traditionnelles qui convoitent une part plus importante de la clientèle touristique.
ETF à la Une
Fineco AM lance trois ETF Ucits avec Amundi
- Boeing obtient enfin un précieux sésame sur le 737 Max
- BPCE profite du jackpot de la marge nette d'intérêt
- L’intervention conjointe pour soutenir le yen révèle un risque majeur
- Prétendant de MPS, Banco BPM devient sa cible, le Crédit Agricole reste au centre du jeu
- Bercy exige des banques un meilleur accompagnement des emprunteurs en difficulté
Contenu de nos partenaires
-
Sans filtrePrésidentielle : le RN face à ses maires francs-tireurs
A huit mois de la présidentielle, le RN cherche à gommer ses irritants. Mais ses nouveaux maires, eux, semblent avoir gagné une liberté qui pourrait bien compliquer la stratégie de Marine Le Pen au niveau national -
EditoGérald Darmanin, l’affaire Lyhanna et le boomerang
Le courrier explosif que le ministre de la Justice a adressé à Laurent Nuñez, énumérant les défaillances des services de police dans la prise en compte des violences sexuelles sur mineurs, pourrait bien se retourner contre lui -
Main dans la mainL'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont-ils créé une Otan du Moyen-Orient ?
Avec leur accord de défense mutuelle signé à La Mecque, les trois puissances veulent renforcer leur pouvoir de dissuasion