Un notaire ne peut facturer un acte inutile
Des époux mariés sous le régime de la communauté universelle avec clause d’attribution intégrale de la communauté, sont décédés sans faire de testament. De leur communauté dépendaient les parts sociales de leur société, dont l’époux était le fondateur et l’unique associé. Les frais et émoluments notariaux se sont élevés à un peu plus de 400.000 euros, incluant une somme de 186.200 euros au titre de la rédaction d’un certificat de propriété des parts sociales, prélevée directement sur le compte de l’indivision successorale. Estimant qu’il s’agissait d’un acte inutile et que la SCP avait manqué à son obligation d’information et de conseil, un des trois enfants du couple a assigné la société en responsabilité et indemnisation. La SCP forme un pourvoi en cassation contre l’arrêt d’appel, ayant jugé qu’elle avait commis une faute.
La SCP mettait notamment en avant le fait qu’»en l’absence de titre de la de cujus, établissant erga omnes les droits de cette dernière sur les parts sociales dont elle a elle-même hérité, il appartient au notaire, en charge du règlement de la succession, d'établir le certificat de propriété de ces parts à la de cujus afin de pouvoir délivrer à ses héritières un titre établissant leur qualité de propriétaire». Elle ajoute également que les parties étaient informées de l’existence de ce certificat de mutation.
Mais dans sa décision du 5 juin 2019 (n° de pourvoi 18-16831 et 18-21341), la Cour de cassation constate, que «le certificat de mutation des parts sociales de la société établi le 30 octobre 2012 désigne [la femme] comme seule héritière de son mari pour le tout et propriétaire de toutes les parts sociales». Elle rappelle ensuite, que «les statuts de la société mis à jour selon décision du 29 avril 2011, mentionnant [l’épouse] comme associée unique, ont fait l’objet d’un dépôt auprès du tribunal de commerce au mois de mai 2011». «De ces constatations et énonciations, la cour d’appel a pu déduire qu’en l’absence de toute publicité nécessaire relativement à la modification de l’identité de l’associée unique d’une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, la SCP avait commis une faute en établissant inutilement, au mois d’octobre 2012, un certificat de propriété des parts sociales, dont le coût s’est élevé à la somme de 186.200 euros directement prélevée sur le compte de l’indivision successorale.»
Le pourvoi de l’office notarial est donc rejeté.
,
Plus d'articles du même thème
-
Le testament solidaire gagne du terrain dans le financement des associations
Face à la vague de transmissions de patrimoine qui s'annonce, les associations voient dans les successions une nouvelle ressource pour diversifier leurs financements. -
La Chambre des notaires de Paris soutient une pratique plus entrepreneuriale de la profession
Le nouveau bureau présidé par Sophie Thibert-Belaman veut préparer la profession aux bouleversements numériques et démographiques en développant de nouveaux relais de croissance, à l’instar du conseil patrimonial. -
La grande transmission ne pourra pas se passer des professionnels du patrimoine
Notaires ou conseillers en gestion de patrimoine doivent dès maintenant anticiper les questions d'héritage et de passation de patrimoine avec leurs clients.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
- Quatuor veut faire monter en gamme les CGP indépendants
- Les investisseurs doutent de l’industrie de défense
- L’emploi américain déçoit largement en juin
- Acquisitions, fermetures, derniers espoirs : le couperet de MiCA est tombé
Contenu de nos partenaires
-
Jugement finalMarine Le Pen condamnée en appel : éligible en mai 2027, mais sous bracelet
La cour d'appel de Paris a rendu son arrêt très attendu dans l'affaire des assistants parlementaires du FN, qui détermine le destin politique de la cheffe de file de l’extrême droite française -
Rattrapé par l'inflation, Bercy révise ses prévisions de croissance à la baisse
Une demande interne atone, le repli des exportations et le retour de l'inflation incitent le gouvernement à revoir ses prévisions de croissance initiales pour 2026 -
Incendies : quand l’UE vient à la rescousse de la France
Pour lutter contre les incendies en Pyrénées-Orientales, l’UE envoie quatre avions bombardiers d'eau en France. Une habitude face au manque de moyens français.