A la recherche d’une lisibilité perdue
Serions-nous soumis à un alignement particulier de comètes qui aboutit à créer cette impression de flottement, de parenthèse de l’Histoire ? Votre serviteur n’est pourtant pas sur le flanc, pas plus qu’il n’est dépressif. Mais le hasard des rencontres et des échanges sur l’air du temps avec des personnalités tout à fait saines converge vers cette sensation de traverser une période sans direction, de ventre mou n’offrant pas de perspectives dignes de ce nom. Ce ne serait rien que de l’évoquer au sujet de l’Europe. Pire que si elle balbutiait ses gammes, elle semble entrée dans une apathie existentielle, se contentant d’un profil de gestionnaire, sans âme et sans but, au gré de dirigeants velléitaires. Au point que ses rendez-vous démocratiques ne trouvent plus guère de raison d’être et se dissolvent dans une seule communauté, celle du repliement sur soi-même.
Y a-t-il meilleure raison d’espérer du côté des politiques nationales ? Là non plus, le cap ne porte pas à l’enthousiasme. Retenons l’exemple de la fiscalité. Lorsque les Français entendent un discours de sacrifices sur l’autel de la dette publique, ils peuvent se raisonner, chacun en prenant sa part et tous l’ayant tout entière. Sauf que les politiques revenant à eux-mêmes, les intentions de la veille se métamorphosent: d’où l’annonce en dernier ressort d’une baisse de l’impôt sur le revenu de 1 milliard d’euros cette année au profit de plus de 3 millions de ménages.
Ce qui se conçoit en termes de solidarité vis-à-vis des plus modestes ne s’énonce pas du tout clairement par rapport à l’intention initiale. Et lorsque le manque à gagner est supposé provenir du rapatriement de capitaux placés à l’étranger, un cabinet d’avocats bien connu de la Place a beau jeu de demander: à quelle date ce milliard sera-t-il effectivement perçu par les finances françaises, compte tenu d’un traitement des dossiers par l’administration pouvant aller de trois mois à troisans?
Autre élément à classer actuellement dans l’ordre de l’illisible: les marchés financiers. Un gérant nous a résumé sa perplexité: «Lorsque les actions américaines sont au plus haut, que l’Europe est à son prix sur tendance longue et que les obligations sont ‘out’, que faire?» Certes, les professionnels restent globalement positifs sur les actifs risqués, et notamment ceux du Vieux Continent, mais un peu par défaut. Il faudra bien pour sortir de l’ornière des doutes que la Banque centrale européenne prenne l’initiative au mois de juin en osant enfin des mesures dites «non conventionnelles». Redevenons «lisibles», que diable!
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