Les investisseurs en actions restent sur leur faim
Plus que jamais, les résultats des entreprises vont être scrutés avec attention par les investisseurs. « Une des principales inquiétudes ces derniers mois a été le manque de ‘momentum’ au niveau des résultats », notent les stratégistes de Morgan Stanley. Or après une année 2013 exceptionnelle pour les actions, alimentées par la compression des primes de risque et les injections de liquidités de la part des banques centrales (Réserve fédérale, Banque d’Angleterre et Banque du Japon), les opérateurs attendaient que les bénéfices prennent le relais.
Outre-Atlantique, après quatre semaines de publication (60 % des entreprises du S&P 500), les comptes trimestriels sont à première vue meilleurs que prévu : « Nous avons atteint le seuil psychologique de 70 % de publications supérieures aux attentes, relève Cyrille Collet, directeur de la gestion actions chez CPR AM. Mais après de forts ajustements des attentes à la baisse, au coeur d’un trimestre sans enjeu. » Ces bons chiffres sont en effet à relativiser. « Les entreprises ont aiguillé le consensus avant les publications, de sorte qu’à l’arrivée les résultats sont proches des attentes, voire meilleurs », explique Françoise Rochette, responsable de l’allocation d’actifs chez Mandarine Gestion. « Les analystes ont revu en baisse leurs prévisions en raison des mauvaises conditions climatiques et des indications négatives des entreprises », indiquaient les stratégistes de Goldman Sachs avant le début de la publication des résultats. La révision est plus importante que les années passées, de 4 %, contre une moyenne de 3 % historiquement sur le premier trimestre. Les entreprises ont confirmé, en grande majorité, leurs prévisions pour l’ensemble de l’année. « Au premier trimestre, la bonne surprise est venue des résultats, avec un maintien du niveau de marge nette au niveau historiquement élevé de 10 %, souligne Mathieu L’Hoir, stratégiste chez Axa IM. Nous attendons un relais au deuxième trimestre sur le chiffre d’affaires, grâce notamment à une accélération de la croissance aux Etats-Unis. » Les propos rassurants de Caterpillar, un bon indicateur avancé, sur l’activité aux Etats-Unis renforcent ces attentes. Pour l’heure, la croissance bénéficiaire des entreprises américaines se limite à 0,7 %, selon Primeview. Le consensus table sur une progression de 7,2 % des résultats sur l’ensemble de l’exercice.
Effet euro. A l’inverse, en Europe, où les entreprises ne publient pas toutes leurs résultats mais leur chiffre d’affaires trimestriel, le panorama est plus mitigé. Sur les 20 % d’entreprises ayant publié leurs comptes, un peu plus de la moitié est au-dessus des attentes du marché, le reste étant sous le consensus. « A contrario des Etats-Unis, les entreprises pilotent moins le consensus, il est donc plus difficile de le battre », nuance Ludovic Dufour, gérant chez Mandarine Gestion. Le principal enseignement de ce côté-ci de l’Atlantique est que les analystes avaient déjà fortement revu en baisse leurs prévisions, passant d’une progression de 16 % à 9,5 % des bénéfices pour l’ensemble de l’année (de 7 % hors financières). « Tous les ans on assiste au même mouvement, indique Mathieu L’Hoir. D’abord pour une raison structurelle, car le consensus est au départ trop élevé. Ensuite pour une raison conjoncturelle, à savoir pour tenir compte de l’impact de la force de l’euro et de la dépréciation de certaines devises émergentes dans les comptes des entreprises. » Les analystes de Deutsche Bank estiment qu’une hausse de 10 % de la monnaie unique face au dollar ampute de 5,5 % les bénéfices des sociétés européennes. « Pour certains groupes très présents dans les pays émergents, comme Seb en Chine, c’est même la double peine entre effet devise négatif et impact d’une moindre croissance sur leur chiffre d’affaires », relève Cyrille Collet pour qui il y a tout de même une bonne nouvelle dans ces publications : les entreprises ne remettent pas en cause leurs prévisions annuelles. De leur côté, les stratégistes de Morgan Stanley mettent l’accent sur le décalage entre les révisions à la baisse du consensus des résultats par les analystes et l’amélioration des indicateurs avancés en zone euro (indice PMI ou IFO), qui n’est pas soutenable à moyen terme.
Si ces résultats ne remettent pas en cause le scénario d’un retour de la croissance économique, ils n’apportent pas non plus le carburant nécessaire au marché pour poursuivre sa marche en avant. Depuis le début de l’année, et malgré les programmes de rachat d’actions aux Etats-Unis et la vague de fusions-acquisitions de part et d’autre de l’Atlantique, les Bourses ont calé, notamment les valeurs technologiques du Nasdaq pour des raisons de valorisation.
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