Crypto winter: FTX déclenche une nouvelle vague de froid
Dans le monde de la finance traditionnelle, le mois de septembre 2008 est gravé dans les esprits, avec la faillite de Lehman Brothers rappelant à ceux qui l’avaient oublié que le “too big to fail'' n’existait pas. Dans le monde des crypto-actifs, on se rappellera du mois de mai 2022, avec l'écroulement de Terra/Luna suivi de la contagion qui a entraîné la banqueroute de plusieurs plateformes, et le mois de novembre 2022, avec la chute de Sam Bankman-Fried, le “chevalier blanc” de la crypto qui murmurait à l’oreille des régulateurs.
Le climat d’aversion au risque vis-à-vis des crypto-actifs s’est vu exacerbé au début du mois de mai 2022 par le crash de Luna et le deppeg de son stablecoin UST, entraînant la disparition d’un écosystème représentant plus de 40 milliards de dollars et remettant en question l’utilité des stablecoins. Ironie du sort, ces stablecoins qui avaient pour but d’accélérer l’adoption de masse des crypto-monnaies en palliant la volatilité du marché, ont fourni une pièce à conviction inespérée pour les détracteurs des crypto-monnaies. En effet, avant la création de Tether (USDT) en 2014, le seul moyen pour un investisseur de récupérer ses profits était de convertir ses gains en bitcoin dans un premier temps, puis en monnaie fiduciaire dans un second temps en vue d’effectuer un transfert vers un compte bancaire.
Suite aux déboires de Celsius Network, qualifié alors de “Lehman de la DeFi”, ou encore aux difficultés rencontrées par Voyager Digital et BlockFi, le patron de FTX, Sam Bankman-Fried (SBF), a été perçu comme le sauveur de l’industrie en prêtant 250 millions de dollars à BlockFi, et en rachetant les actifs de Voyager Digital à travers Alameda Research. Ce dernier n’a pas hésité à préciser en septembre 2022 qu’il disposait d’un milliard de dollar afin de voler au secours des entreprises en difficulté pour qu’elles puissent survivre au bear market.
FTX : effet domino et enquête à suivre ?
Cependant, au fil des mois, la popularité du fondateur de FTX et d’Alameda Research fond comme neige au soleil. En effet, SBF se montre de plus en plus pro-régulation après avoir bâti sa fortune en profitant pleinement des rendements faramineux de la DeFi. Celui qui était vu comme le consolidateur du marché de la crypto se voit reprocher son hypocrisie avant d’être exposé au grand jour pour sa mauvaise gestion. Même le concurrent direct de FTX, Binance, n’a pas été en mesure de sauver FTX. Après avoir annoncé son souhait de venir au secours de FTX, Changpeng Zhao, PDG de Binance, s’est vu forcé de faire marche arrière face à l’ampleur du trou financier actuellement évalué à environ 8 milliards de dollars, mais aussi en vue de l’enquête imminente du ministère de la Justice. Les failles de sécurité d’Alameda Research ont incité Binance à commencer ses, avoirs en tokens FTT, plongeant les crypto-monnaies dans le rouge profond. Finalement, un tel rachat de FTX par Binance aurait permis de stopper l’hémorragie, mais aurait certainement entraîné des complications à l’avenir face à une augmentation de la centralisation des plateformes de trading. Une centralisation à l’extrême opposé des idéaux de décentralisation des crypto-monnaies, et qui aurait augmenté le risque systémique sur ce marché.
Au moment de la rédaction de ces lignes, l’effondrement de FTX attire à nouveau l’attention des régulateurs sur les crypto-monnaies et les incitera probablement à intervenir de manière plus agressive. Nous pouvons nous attendre à une longue enquête sur FTX, au témoignage de Sam Bankman-Fried, et à un effet domino qui ne manquera probablement pas de secouer le secteur des crypto-monnaies. Il y a une lueur d’espoir que la situation ne soit pas aussi désastreuse que le crash du Luna de mai dernier. Selon les analystes de JP Morgan, l’ampleur actuelle des faillites ne sera pas plus importante que la précédente. En revanche, nous pouvons nous attendre à ce que d’autres exchanges comme Kraken, OKX ou même Binance soient également " mis au pied du mur " par les régulateurs et se voient forcés de déclarer leurs garanties et leur situation financière.
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