Nantissement d’assurance vie / crédit in fine : des précisions sur la prescription
La Cour de cassation affine sa position sur la prescription de l’action en responsabilité contre la banque, dansle cadredu contentieux des contrats d’assurance vie nantis pour garantir un prêt.Dans cette affaire(1), la Société générale a consenti à une SCI un prêt in fine, en 1999, à l’issue d’une période de douze ans, dont le remboursement était garanti par le nantissement de deux contrats d’assurance-vie, souscrits par un particulier par l’intermédiaire de cette banque, et par le cautionnement de celui-ci et de la société Crédit logement. La Société générale, faisant valoir que le rachat total des contrats d’assurance-vie en 2012, n’avait permis qu’un remboursement partiel du prêt, a mis en demeure la SCI et les cautions de lui payer les sommes restant dues. Arès avoir désintéressé la banque, la société Crédit logement a assigné la SCI en paiement. La SCI et le particulier ont assigné la banque en responsabilité en 2013, lui reprochant de ne pas avoir informé ce dernier, lors de la souscription des contrats d’assurance-vie, du risque que le rachat de ces contrats ne permette pas de rembourser le prêt à son terme.
La Cour d’appel a considéré que l’action contre la banque était prescrite. Selon elle, le dommage résultant du manquement du banquier à ses obligations de conseil et de mise en garde, à l’occasion du montage mis en place pour financer une acquisition immobilière et associant souscription d’un prêt in fine et adhésion à des contrats d’assurance-vie, consiste en la «perte d’une chance de ne pas contracter, laquelle se manifeste dès l’octroi du prêt». Dès lors, la prescription quinquennale a commencé à courir à la date de conclusion du contrat de prêt.
Une analyse orthodoxeque ne retient pas la chambre commerciale de la Cour de cassation. Au visa de l’article L.110-4du code de commerce sur la prescription quinquennale en matière commerciale, la Haute juridiction requalifie la nature du dommage invoqué par le souscripteur. Pour la Cour, celui-ci consistait en la «perte de la chance d’éviter la réalisation du risque que, du fait d’une contre-performance de ces contrats, leur rachat ne permette pas de rembourser le prêt, et que ce risque n’avait pu se réaliser qu’au terme de celui-ci, en 2011». D’où ce dommage, tout comme celui invoqué parla SCI, n’avait pu survenir qu’à cette date et l’action exercée en 2013, laquelle n’était donc pas prescrite. Dans une affaire similaire jugée récemment, la Cour de cassation avait considéré que le préjudice n'était qu'éventuel avant l'échéance du prêt, et donc non indemnisable.
(1)Cass. com., 6 mars 2019, n° 17-22.668
Plus d'articles du même thème
-
Les grandes banques américaines surfent sur les opérations de marché
JPMorgan, Goldman Sachs, BofA, Citigroup et Wells Fargo ont tiré parti du dynamisme du trading et de leurs activités dans la banque d’investissement au deuxième trimestre 2026. -
L’AMF mise sur la directive SRD 3 pour faciliter l’exercice des droits des actionnaires
Le régulateur français dévoile ses réponses à la consultation de Bruxelles sur la révision de la directive concernant le droit des actionnaires (SRD). -
Les émissions d’obligations d’entreprises signent un premier semestre exceptionnel
Le marché primaire corporate euro a enregistré un semestre record à 285 milliards d’euros, porté notamment par les sociétés américaines, dont les hyperscalers, et soutenu par la forte demande des investisseurs. Et ce malgré le conflit en Iran.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
Amundi lance un ETF sur les actions monde
- Les gérants actifs subissent le coût du «value for money» au profit des intermédiaires
- BPCE rachète à Arkéa l'agence immobilière en ligne Liberkeys et le développeur Izimmo
- Natixis Investment Managers crée sa plateforme d’ETF actifs
- Atream ambitionne de doubler ses encours d'ici 5 ans
- Les taux longs américains échappent à Donald Trump
Contenu de nos partenaires
-
Jour J, heure HFin de vie : ultimes vertiges parmi les députés
Alors que « l’aide à mourir » doit être adoptée par un vote solennel ce mercredi, des hésitations se font encore jour au Palais-Bourbon parmi des élus qui ont conscience de vivre un moment d’Histoire -
Encore et encoreEntre l’Iran et Trump, la bataille d’Ormuz repart de plus belle
Echaudé par les attaques iraniennes, le président américain a annoncé l’instauration d’une taxe de 20 % pour le passage du détroit. Avant d’y renoncer sous la pression -
EditorialAide à mourir, la liberté abîmée
Il n’y a pas de liberté véritable si les consciences ne sont pas éclairées par la vérité des faits. Or, à toutes les étapes du débat sur la fin de vie, la vérité aura été maltraitée.