Assurance vie et réglementation Priip: un état des lieux
La Commission européenne a adopté le 30 juin 2016 le règlement délégué en application du règlement Priip(Packaged Retail and Insurance-based Investment Productsou produits d’investissement packagés de détail et fondés sur l’assurance) du 26 novembre 2014.
Pour rappel, ce règlement impose au secteur financier commercialisant des produits d’épargne d’établir un document d’informations clés (DIC), standardisé, pour chaque produit commercialisé. Les objectifs: améliorer la transparence des marchés pour les investisseurs de détail, protéger les consommateurs et renforcer leur confiance dans les marchés financiers.
Cette harmonisation devrait donc permettre, dès son entrée en vigueur le 1er janvier 2017, de comparer plus aisément des produits d’investissement différents. La dernière crise financière a en effet révélé que certains particuliers avaient investi dans des produits hautement risqués sans en avoir conscience.
Elle prévoit la remise au prospect d’un document d’informations précontractuelles, de trois pages maximum, autonome, clair, exact et loyal. Il doit préciser principalement le type du produit d’investissement, les risques encourus, la perte maximale possible, fournir trois scénarios de performance (défavorable, modéré et favorable), les frais, les conseils relatifs à la durée de rétention, les modalités de retrait et de résiliation et les modalités de réclamation.
Le règlement délégué impose par ailleurs de réaliser un DIC par support d’investissement, par option de gestion et par possibilité de sortie. Le contenu du DIC doit être établi dans une logique prospective et, dans ce sens, fournir des indicateurs de risques ainsi que des scénarios permettant à l’investisseur d’avoir une vision à long terme du placement envisagé. Les indicateurs de risques doivent prendre en compte le risque du sous-jacent au produit d’assurance, mais également le risque de défaillance de l’assureur. Ces éléments imposent la mise en œuvre de modélisations et de projections et la prise en compte d’hypothèses auxquelles les indicateurs vont être fortement sensibles.
Or, pour que l’investisseur fasse un choix éclairé, les indicateurs doivent être évalués le plus justement possible pour pouvoir être comparés. S’ils ne le sont pas, on ouvre la porte à des demandes de réparation d’assurés mécontents de l’écart entre les performances attendues et constatées, relativement au risque annoncé.
Mobilisation des associations professionnelles du secteur financier et d’épargnants.
Les associations professionnelles demandent non seulement un report de la date d’application, mais également un réexamen des normes techniques de réglementation (RTS). Elles estiment que contrairement à l’objectif fixé, celles-ci pourraient rendre l’information «opaque et trompeuse».
Car, c’est là que le bât blesse, la suppression de toute référence aux performances passées et l’utilisation de scénarios prospectifs ne favorise pas, selon elles, la clarté et l’exactitude de l’information souhaitées par le législateur.
Si le règlement était appliqué en l’état, les assureurs devraient réduire drastiquement le nombre d’UC proposées, compte tenu du volume et de la complexité des documents à produire. Ceci conduirait à une restriction de l’offre en épargne, préjudiciable au consommateur…
Controverses au sein des instances européennes
La mise en œuvre du règlement délégué, qui reprend le projet de normes techniques publié le 7 avril 2016, continue de diviser les instances européennes.
Ce projet a tout d’abord été rejeté le 1er septembre 2016 par la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement, qui a voté à l’unanimité pour qu’il soit renvoyé à la Commission européenne pour révision.
C’est en séance plénière, le 14 septembre 2016, que le Parlement européen a rejeté le projet de normes, à 602 voix contre 4.
Le DIC suscite en effet la méfiance des députés, qui craignent que l’information relative aux rendements envisageables des placements ne soit trompeuse en raison des méthodes de calcul préconisées.
La Commission européenne devra maintenant proposer de nouvelles normes réglementaires techniques pour mettre en œuvre la législation PRIIPs qui doit entrer en vigueur le 31 décembre 2016.
En l’absence de ces normes, les organismes concernés doivent donc pour l’heure se préparer à appliquer une réglementation aux contours imprécisdans un délai relativement court.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Pour aller plus loin, consultez l’ensemble des articles consacrés au sujet par L’Agefi Actifs:
Les eurodéputés entretiennent le suspense sur l’information des épargnants
L’Europe entend les professions financières
Evoquer la fin de l’architecture ouverte m’apparaît excessif
Une charge à boulets rouges contre Priip
Assurance vie: La commission économique du Parlement européen rejette la norme technique Priip/DIC
Priip: neuf associations stigmatisent les risques d’une réglementation en l'état
Plus d'articles du même thème
-
La France est rappelée à l’ordre par l’Union européenne
Le paquet de printemps du Semestre européen 2026 met la France en face de réalités difficiles et formule des recommandations pour améliorer sa compétitivité et retrouver la maîtrise de ses finances publiques. -
L’Europe dégaine son plan de souveraineté technologique
La Commission européenne a présenté le 3 juin à Bruxelles un ensemble de mesures sur les secteurs des semi-conducteurs, du cloud et de l’intelligence artificielle. -
Le marché résidentiel devrait rester en berne jusqu’à la fin de l’année
La conjoncture économique fragilisée par le conflit au Moyen-Orient et l’inflation vont assener un coup de frein supplémentaire à un marché immobilier déjà sous tension.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF confirme son rebond en mai
- L’AMF s’apprête à clarifier les obligations des sociétés de gestion en matière de rémunération des distributeurs
- LBP AM et La Financière de l’Echiquier annoncent leur projet de fusion
- Le dispositif Jeanbrun doit être appréhendé comme un outil de transmission
- L’AMF veut accompagner l’innovation financière tout en protégeant les épargnants
- SCPI : les faits marquants du mois de Mai 2026
Contenu de nos partenaires
-
« Le coût cumulé d'El Niño pourrait atteindre 84 000 milliards de dollars »
Le retour du phénomène météorologique El Niño cette année est de plus en plus probable selon l’Organisation météorologique mondiale. Son impact sur l’économie mondiale suscite aussi de vives inquiétudes. -
Vrai du fauxCadmium : alerte dans nos assiettes
Présent dans les engrais importés en France, ce métal lourd classé cancérogène a beaucoup fait parler de lui ces derniers mois. Au risque de perdre pied dans cette vague d'informations -
Calme avant la tempêtePrésidentielle : les candidats face au mur budgétaire
La bombe budgétaire est sur le point d'exploser et les prétendants à l'Elysée évitent encore bien trop le sujet majeur qui va accaparer le début de mandat du futur président