L’EBA s’attaque aux défauts de régulation des fintech
Le chantier est gigantesque. L’Autorité bancaire européenne (EBA) a mené au printemps 2017 «le premier recensement jamais réalisé des fintech en Union Européenne» et s’apprête maintenant à adapter en conséquence sa régulation du secteur. Ses projets ont été publiés le 4 août et soumis à consultation jusqu’au 6 novembre.
Bilan : il existe de nombreux trous dans la raquette. Il y a plus de 1.500 fintech en Union Européenne. Sur les 282 fintech pour lesquelles l’EBA a reçu des informations détaillées, 31% ne sont soumises à aucun régime de régulation financière (national ou européen). Il est épineux de savoir «si les entreprises fournissant des services financiers sur Internet opèrent sous le régime de la liberté de prestation de services» et d’établissement, souligne l’Autorité. Or le nombre d’entreprises utilisant ce régime pourrait «augmenter significativement» avec la montée en puissance du numérique.
L’EBA remarque que les fintech non régulées «mettent rarement en place des procédures de gestion des réclamations» et ne conservent pas les données liées aux plaintes des clients.
Même lorsque les fintech entrent dans le domaine d’autorité des régulateurs financiers, il est possible de passer entre les mailles du filet. D’abord, «à cause des modèles économiques particuliers choisis par certaines fintech, leur statut d’autorisation est souvent flou et difficile à cerner pour les clients», explique l’institution, citant l’exemple des sociétés qui font de l’intermédiation de services fournis par d’autres. «Il est difficile pour les consommateurs, lors d’un problème, de savoir quelle entreprise fournit le service et peut être tenue responsable».
Incertitudes sur les réglementations nationales
Ensuite, parce que les fintech opèrent surtout sur Internet, donc outre-frontière : une incertitude plane sur le régime national qui s’applique. Or ni les lois de protection des consommateurs, ni les régulations financières ne sont exactement harmonisées.
Sur le plan de la régulation financière en effet, certains Etats ont mis en place des régimes d’exception : le «bac à sable» britannique, les centres d’innovation... Ils permettent un «traitement différent des fintech offrant des services financiers similaires, pouvant mener à des problèmes de concurrence équitable et à du shopping pour le traitement régulateur le plus souple». L’EBA se demande «si les moyens utilisés pour faciliter l’innovation et la compétition dans ces régimes de bac à sable, dont la levée de certains requis et l’éligibilité d’entités en particulier, sont en ligne avec les directives et les réglementations européennes existantes».
Enfin, l’institution décrit une dernière source de confusion, due aux interactions floues entre différentes réglementations. Des «autorités compétentes» lui ont demandé de clarifier, dans le nouveau contexte des fintech, l’application du régime de la liberté d’établissement et de prestation de service ainsi que de la directive antiblanchiment et financement du terrorisme. «La distinction entre ces concepts peut devenir floue lorsque les services sont fournis sur internet par-delà les frontières», admet l’EBA.
Par exemple, plusieurs répondants indiquent que les Etats membres ont différemment transposé la directive antiblanchiment et financement du terrorisme, surtout sur la manière dont les établissements peuvent identifier le consommateur à distance. «Dans certains cas, cela a rendu compliqué, pour les institutions financières, d’employer des solutions innovantes ou des fintech dans leur processus de connaissance client.»
Plus d'articles du même thème
-
CVC relance la piste Nexi, en veillant à ménager Rome
A l'affût d'opportunités dans les infrastructures européennes, le géant européen du capital investissement envisage une offre à 9 milliards d'euros sur le spécialiste italien des paiements, dont le titre a perdu 65% en quatre ans. -
Revolut, un modèle bancaire singulier et valorisé à prix d'or
Même dans l'univers des fintechs, Revolut reste à part en raison de la structure de ses revenus et de son bilan. Alors que le groupe envisage une entrée en Bourse, mais pas avant 2028, et caresse l'espoir d'une capitalisation de 200 milliards de dollars, les analystes de JPMorgan viennent de disséquer le modèle économique de la néobanque la mieux valorisée et la plus crainte d'Europe. -
Bit2Me lance une offre pour investir dans des fonds, des ETF et des actions
La plateforme crypto espagnole ambitionne de devenir un hub de gestion de fortune en ligne.
ETF à la Une
State Street IM et Ninety One s'associent pour lancer des ETF actifs
- Atos joue gros avec un refinancement à 1,25 milliard d’euros
- Eric Larchevêque fait machine arrière sur son projet de «bitcoin treasury company»
- Allianz déçoit les attentes en vie-santé
- La crise politique continue de secouer la livre sterling et les taux britanniques
- La Chine et les Etats-Unis mesurent leurs forces
Contenu de nos partenaires
-
De l’Ukraine à l’Iran, la confusion internationale
La multiplication des crises et l’imprévisibilité des dirigeants des grandes puissances plongent les relations internationales dans un chaos inédit qui affaiblit encore l'Europe -
Gérald Darmanin « très rassuré par la façon dont Christophe Gleizes est traité » en Algérie
« Nous avons rappelé qu'il faut rendre Christophe Gleizes non pas à la France, mais à sa mère », a déclaré le ministre de la Justice sur CNews et Europe 1, mardi 19 mai, au lendemain de sa visite en Algérie, où le journaliste est détenu depuis près d'un an -
Une cuisine légère, mais pas austère
La haute gastronomie s'est longtemps construite sur la surenchère et l’accumulation d’assiettes, d’esbroufe et… de calories. Bien avant tout le monde, le chef trois étoiles Mauro Colagreco s’est posé en étendard d'une cuisine circulaire et diététique.