La crypto Ethereum fait un grand pas vers la sobriété énergétique
Etre ingénieur en ce moment sur Ethereum, c’est comme être ingénieur à la Nasa. S’il y a une seule erreur, la fusée peut exploser en plein vol», selon la métaphore de Marc Zeller, responsable des relations développeurs au sein du protocole Aave. C’est la première fois qu’une blockchain aussi importante va changer de consensus en cours de route. Initialement prévue pour 2019, la mise à jour «The Merge» a, depuis, été successivement repoussée. En grande partie parce qu’une seule petite erreur de code pourrait mettre en danger la blockchain actuellement la plus utilisée à l’origine de la popularisation des smart contracts et des NFT et qui gère plusieurs centaines de milliards de dollars. Mais aussi sur laquelle sont hébergés des mastodontes de la finance décentralisée, comme Aave et Curve.
Ainsi, depuis plus de deux ans et demi maintenant, des tests grandeur nature sont réalisés sur des réseaux parallèles. Ce qui évite de mettre en danger les fonds des investisseurs ou l’existence même de la blockchain. Le test du 8 juin était important parce que Ropsten est un réseau parallèle, un «test net» dans le jargon développeurs, qui fonctionnait en preuve de travail, et l’un des plus anciens de l’écosystème Ethereum. Sa migration vers un système à preuve d’enjeu a fonctionné, même si Tim Beiko, l’une des figures des développeurs travaillant sur Ethereum, a révélé la présence de certains défauts mineurs, qui devront être réglés dans les prochaines semaines. «C’était un test qui se rapproche le plus de la réalité, de ce qui va arriver au moment du passage complet d’Ethereum en preuve d’enjeu. Tout s’est globalement bien passé», explique Marc Zeller.
Deux autres tests cruciaux sont attendus dans les prochaines semaines, des noms de Sepolia et Goerli. Ensuite, rien ne s’opposera au changement de protocole, qui pourrait intervenir dès août prochain.
La fin de la grande quête vers l’ESG
Ethereum va donc changer sa manière de valider ses blocs. Actuellement, la blockchain fonctionne avec un système de preuve de travail (proof of work, PoW) : les cartes graphiques des mineurs se livrent une compétition pour trouver une suite de chiffres et ainsi gagner le droit d’inscrire les transactions dans les blocs de la blockchain, et elles reçoivent une récompense pécuniaire en contrepartie. Avec le nouveau système, dit à preuve d’enjeu (proof of stake, PoS), les mineurs deviennent des «validateurs» et gagnent le droit de créer les blocs en immobilisant 32 de leurs ethers au sein du protocole. Un système de délations se met alors en place pour s’assurer que tous les validateurs effectuent bien leur travail. En cas de manquement aux règles, des ethers stockés peuvent être confisqués ou détruits. Actuellement, la blockchain compte plus de 100.000 validateurs.
Ce changement de protocole, en grande partie porté par la figure de proue et cofondateur du réseau Ethereum, Vitalik Buterin, va permettre à la blockchain de réduire sa consommation énergétique d’environ 99%. Et ainsi d’éviter, à l’avenir, les débats récurrents autour de la consommation énergétique qui touchent le monde de la crypto. Des critiques auxquelles fait régulièrement face la blockchain Bitcoin, dont les défenseurs estiment que sa consommation énergétique est le prix de sa décentralisation et de sa sécurité.
La preuve de travail sur Ethereum était moins efficace en termes de sécurité et de consommation énergétique que celle de Bitcoin, Vitalik Buterin considérant dès le départ que ce mode de validation des blocs était une solution transitoire, en attendant de trouver un consensus réclamant moins d’électricité pour fonctionner. Le cofondateur d’Ethereum voulait en outre éviter une industrialisation du minage sur Ethereum, comme c’est actuellement le cas depuis 2013 sur Bitcoin.
Une fois ces problèmes de consommation électrique résolus avec «The Merge», une autre mise à jour sera très attendue sur Ethereum : l’EIP 4844. C’est une couche supérieure qui permettra notamment aux «layers 2», ces sortes de sous-réseaux, comme Starknet, Arbitrum ou Optimism, d’être plus performants. Et ainsi d’améliorer la capacité d’Ethereum à grandir en faisant passer le nombre d’opérations possibles sur le réseau d’environ une quinzaine par seconde à plusieurs milliers, avec l’espoir de faire baisser les frais de ces transactions.
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