Changer les règles du bitcoin est quasiment impossible
Le 29 mars, Greenpeace publiait «Change the code, not the climate», un manifeste qui pointait du doigt la consommation électrique du réseau Bitcoin, allant même jusqu’à présenter la reine des cryptomonnaies comme l’une des principales causes du réchauffement climatique à terme. L’ONG était également soutenu dans sa campagne à hauteur de cinq millions d’euros par Chris Larsen, co-fondateur et président exécutif de Ripple, une société crypto qui ambitionne un jour de remplacer le réseau Swift. La solution pour eux serait que Bitcoin fasse évoluer sa méthode de consensus en passant de la «preuve de travail» (PoW) à la «preuve d’enjeu» (PoS) et ainsi réduire sa consommation d’électricité de 99,9%. C’est d’ailleurs l’une des raisons principales qui pousse le réseau Ethereum à migrer vers cette méthode de consensus.
La preuve d’enjeu consiste à participer à la validation des blocs d’une blockchain en fonction du nombre de jetons possédés. Dans la preuve de travail, des ordinateurs ASIC (application-specific integrated circuit), spécifiquement conçus pour miner du bitcoin, sont en compétition les uns contre les autres pour trouver une suite de chiffres plus ou moins longue en fonction du nombre de participants, générée par le réseau. Le premier à trouver gagne le droit d’inscrire les transactions dans un bloc, remportant au passage 6,25 bitcoins (la récompense est divisée par deux tous les quatre ans) et les frais de transactions.
Changer de consensus, «un danger» pour Bitcoin
Une méthode extrêmement coûteuse en électricité et qui donne l’occasion aux détracteurs du bitcoin de comparer sa consommation à celle de pays comme la Suède ou la Norvège. Mais qui en fait aussi actuellement la cryptomonnaie la plus sécurisée et décentralisée. «Ceux qui critiquent la consommation énergétique de Bitcoin ne comprennent pas bien la raison de son fonctionnement. Pour eux, c’est seulement du Monopoly gâchant de l’électricité. Alors forcément présenté comme ça, c’est choquant», explique Kévin Klich, alias «Monsieur TK» sur YouTube et consultant en minage de cryptomonnaies, pour qui la demande de changement de consensus est fantaisiste : «Pour le moment, la preuve de travail a permis au réseau de fonctionner sans discontinuer et de ne jamais être attaqué. Aucun utilisateur n’aurait intérêt à l’abandonner».
Approbation unanime
Théoriquement, les règles de Bitcoin sont modifiables. Mais ce changement devrait être approuvé par l’ensemble des participants au réseau à savoir les mineurs, les entités possédant un nœud de validation et les propriétaires de portefeuilles sur la blockchain. «Tout le monde peut proposer sa modification. Dans le processus classique, elle sera d’abord débattue, puis testée par les développeurs. Ensuite, la communauté devra l’approuver ou pas en validant son inscription dans un bloc», explique Gilles Cadignan, fondateur de la start-up de cybersécurité Woleet et membre actif au sein de la communauté Bitcoin. Pour lui, «la PoS est un jeune processus qui n’a pas encore fait ses preuves en termes de sécurité». Ce plongeon dans l’inconnu pourrait remettre en cause l’existence même des 560 milliards de dollars de capitalisation de la cryptomonnaie, mais aussi du modèle économique des mineurs. Ceux-ci pourraient potentiellement se retrouver avec des milliers d’ASIC inutilisables sur le dos, coûtant actuellement près de 13.000 dollars l’unité.
Les modifications mettent donc quelques années avant d’être appliquées. Par exemple, la dernière mise à jour «Taproot» avait été proposée en 2018 mais activée seulement en novembre 2021. Par le passé, un débat avait animé la communauté sur l’augmentation de la taille des blocs ayant pour but de permettre au bitcoin de s’adapter à la demande. Pour ses détracteurs, cette mise à jour aurait réduit la décentralisation du réseau. Résultat : aucun consensus n’a été trouvé et une nouvelle blockchain a vu le jour sous le nom de Bitcoin Cash en 2017, dont le jeton s'échange aujourd’hui autour des 180 dollars, à l’issue d’un «hard fork», une opération qui scinde une blockchain en deux. La nouvelle suit ses propres règles, tandis que l’ancienne les garde inchangées.
Selon Gilles Cadignan, «les personnes comme Chris Larsen savent pertinemment que changer le consensus ne sera jamais accepté. Son but est uniquement de salir la réputation de Bitcoin en le résumant à son aspect polluant et encourager le grand public à ne pas l’utiliser».
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