Les cryptomonnaies, l’actif anti-ESG
Elon Musk est bien trop malin pour découvrir en 2021 l’effarante empreinte carbone du bitcoin. Mais puisque les tweets du patron de Tesla sont devenus cette année le principal signal à l’achat ou à la vente sur les marchés financiers, les promoteurs des cryptomonnaies se voient enfin contraints de justifier leur impact environnemental. Si le bitcoin était une nation, il pointerait aux alentours du 30e rang des pays les plus gourmands en électricité, selon l’indice quotidien de l’université de Cambridge. Pour les intermédiaires financiers, grandes banques ou gérants d’actifs, qui clament leurs convictions ESG tout en éveillant leurs clients aux délices de l’investissement en crypto, il y a là comme une légère contradiction.
Piqués au vif par leur ancienne idole Elon, les bitcoiners organisent donc la contre-attaque, à grand renfort d’arguments plus ou moins spécieux. La plateforme Coinbase vient d’en publier un certain nombre sous la bannière du fact-checking. Son patron Brian Armstrong professe en effet une vision singulière de l’information. Face aux critiques forcément injustes des journalistes professionnels, chaque entreprise doit devenir un média et contribuer à décentraliser la vérité (sic). Morceaux choisis : il existe des industries encore plus sales ; si tous les ménages américains éteignaient leurs appareils électriques inutilisés, on produirait du bitcoin pendant dix-huit mois. Plus subtil, certains producteurs de crypto-actifs s’engagent désormais à décarboner leur activité, par exemple en achetant des permis d’émission ou en utilisant davantage les énergies renouvelables pour faire tourner leurs ordinateurs. C’est même, disent-ils, en permettant l’extraction du précieux actif virtuel que l’on aidera à rentabiliser les projets éoliens ou hydroélectriques. Enfin, un nouveau système de minage moins énergivore, la proof of stake, testée par l’ethereum, pourrait remplacer la technique traditionnelle mettant tous les mineurs en concurrence pour résoudre la même énigme.
Si le dernier argument paraît un peu plus convaincant que les précédents, aucun ne questionne l’utilité d’une telle débauche d’énergie, fût-elle la plus verte possible. Les hydrocarbures servent au moins à quelque chose. Les crypto-actifs n’ont d’autre intérêt à ce jour que la spéculation financière, enrobée dans la promesse d’une pseudo-monnaie de réserve. Mais la petite musique que leurs promoteurs font entendre depuis peu joue des différences d’interprétation dans les approches ESG. Il est facile de cocher les bonnes cases en annonçant une trajectoire zéro carbone et un reporting adéquat. Ce verdissement de façade suffira-t-il à faire taire les scrupules de certains acteurs de la finance, trop heureux de s’attaquer à un marché en vogue capitalisant plus de 1.000 milliards de dollars ? Espérons, pour le bien de l’investissement responsable, qu’ils seront nombreux à répondre non.
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