Ditto veut être la banque secondaire des voyageurs
Une autre néobanque s’apprête à se lancer en France. Le 15 février prochain, Banque Travelex, filiale française de la société britannique de change Travelex, lancera dans l’Hexagone son offre Ditto Bank, un compte bancaire multidevises sur abonnement. Pour 9,90 euros par mois, le client aura un compte courant géré depuis son mobile, lui permettant d’effectuer et de recevoir des virements illimités dans toutes les devises proposées par Ditto (27 aujourd’hui), et de payer en chacune de ces devises grâce à une même carte bancaire contrôlable depuis son mobile. Lorsqu’une opération de change est effectuée, la fintech applique une marge de change maximale de 1% sur le taux moyen du marché.
Travelex travaille sur le projet depuis plus de deux ans. Une licence bancaire française a été obtenue en octobre 2016 par Banque Travelex, qui détient à la fois des activités traditionnelles de bureaux de change, et la marque commerciale Ditto Bank. «Une réflexion est en cours sur la séparation de ces deux activités, qui ne ciblent pas la même clientèle», remarque Frantz Waze, directeur financier de Ditto.
6.000 clients sur liste d’attente
Dans les bureaux de change Travelex, il s’agit en effet de change manuel ponctuel surtout à destination de touristes, «tandis que Ditto est une offre dématérialisée qui s’inscrit dans la durée pour les personnes amenées à voyager à l’étranger (occasionnellement ou en tant qu’expatriés), les couples mixtes, les étrangers ayant une résidence secondaire en France…»
Ditto Bank espère être leur banque secondaire, et ne prétend pas devenir leur banque principale. Elle souhaite néanmoins étendre sa gamme de services, notamment en proposant du crédit à la consommation, dans l’idéal dès cette année.
Depuis décembre, Ditto Bank a commencé à proposer ses services à quelque 600 clients. La jeune pousse revendique 6.000 clients sur liste d’attente et vise plusieurs dizaines de milliers de clients d’ici à la fin 2018. En fonction de son succès, elle aimerait ensuite se lancer dans d’autres pays, notamment le Royaume-Uni, la Pologne et l’Allemagne.
D’autres fintech proposent des services de paiement et de virement multidevises pour les particuliers, comme les britanniques TransferWise, WeSwap et Ipagoo, ou encore Paytop, basé en France.
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Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse