Xavier Barbaro : «Le stockage donne beaucoup de valeur aux contrats de Neoen»

Dans un entretien à L’Agefi-Dow Jones, le PDG du producteur d’énergies renouvelables qui vient de réussir une augmentation de capital de 750 millions d’euros, détaille les objectifs stratégiques du groupe.
Agefi-Dow Jones
Xavier Barbaro, président-directeur général du groupe d'énergies renouvelables Neoen.
Xavier Barbaro, président-directeur général, a créé le groupe d'énergies renouvelables Neoen en 2008.  -  Photo Neoen.

Le producteur d'énergies renouvelables Neoen a annoncé lundi le succès de son augmentation de capital de 750 millions d’euros lancée au début du mois. L’opération doit permettre au groupe d’atteindre son objectif de 10 gigawatts (GW) de capacité en opération ou en construction à la fin 2025 et d’accélérer son développement dans le stockage. Dans un entretien accordé à l’agence Agefi-Dow Jones, son président-directeur général, Xavier Barbaro, détaille ces objectifs et explique comment le groupe fait face à l’inflation et à la hausse du coût des matières premières.

Agefi-Dow Jones : Etes-vous satisfait du déroulement de votre augmentation de capital malgré les turbulences actuelles sur les marchés ?

Xavier Barbaro : Nous sommes très heureux du soutien de nos trois actionnaires historiques - Impala, Bpifrance et le Fonds stratégique de participation (FSP) - et de la participation massive d’autres investisseurs déjà présents au capital comme de nouveaux investisseurs français et étrangers. C’est une marque de confiance dans notre stratégie, de la part d’investisseurs de long terme, dans un contexte très porteur pour les énergies renouvelables.

Le titre n’a pas effacé sa chute de 14% le 1er mars, juste avant le lancement de l’augmentation de capital. Les investisseurs n’ont pas apprécié le relèvement de vos besoins en fonds propres...

Un certain nombre d’annonces faites le 1er mars ont été mal comprises, ou plutôt mal communiquées. Il est vrai que nous avions, au cours des dernières années, préparé le marché à une augmentation de capital de 600 millions d’euros. Nous avons décidé de porter ce montant à 750 millions d’euros afin d’accélérer notre développement dans le stockage, qui est un marché différenciant et rémunérateur pour le groupe. On nous a également reproché de ne pas avoir relevé notre objectif d’excédent brut d’exploitation (Ebitda) pour 2025 [Neoen a confirmé viser un Ebitda ajusté de plus de 600 millions d’euros en 2025, ndlr]. Mais ces nouveaux investissements se verront dans l’Ebitda 2026 et 2027. A titre indicatif, nous estimons que nos premiers 10 GW généreront, une fois pleinement en opération, un Ebitda ajusté annuel de l’ordre de 750 millions d’euros, hors contribution des revenus de vente d'électricité en phase initiale (early generation) et hors contribution des cessions éventuelles de centrales.

Expliquez-nous votre stratégie dans le stockage...

Le stockage représente 20% de nos investissements, nous sommes parmi les acteurs reconnus de ce marché et nous voulons encore accélérer. Concrètement, nous investissons dans des batteries qui durent deux fois plus longtemps, qui représentent un surcoût initial de 60% à 70% mais qui généreront deux fois plus de revenus en service. Grâce à l’expertise acquise dans les très grandes batteries par Neoen depuis huit ans, nous pouvons résoudre le problème d’intermittence des électrons solaires ou éoliens. Cela donne beaucoup plus de valeur aux contrats de fourniture d'électricité que nous signons.

Nous avons par exemple conclu à l’automne 2022 un contrat avec BHP en Australie afin d’alimenter en énergie la mine Olympic Dam en électricité verte de façon continue, sans aucune interruption. En Finlande, nous permettons à l’opérateur TVO de sécuriser le démarrage de son EPR d’Olkiluoto 3 grâce à notre batterie d’Yllikkälä Power Reserve qui peut alimenter le réseau en cas d’interruption inattendue de la production [l’EPR d’Olkiluoto doit être mis en service commercial mi-avril, ndlr].

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L’Europe manque-t-elle de capacités de stockage dans le cadre de sa transition énergétique ?

Contrairement à l’Australie où le réseau électrique est très étendu et relativement fragile, avec de vieilles centrales au charbon qui créent de l’instabilité, la plupart des pays européens disposent d’un parc de production performant et de capacités d’ajustement, notamment grâce à l'énergie hydraulique. Pour autant, nous allons vers un univers électrique plus instable qu’avant et il y a, en Europe aussi, des besoins de stockage. Neoen est déjà présent dans le stockage en France, en Suède et en Finlande et va continuer à s’y développer. Nous espérons également installer des capacités en Irlande, en Italie et en l’Allemagne.

L’inflation et la hausse des taux d’intérêt menacent-elles la rentabilité des projets solaires et éoliens ?

Nous sommes relativement bien protégés contre l’inflation, compte tenu de la hausse parallèle des prix de l'électricité. Les prix dans nos contrats conclus en décembre 2022 en France étaient 50% plus élevés que ceux que nous avons signés un an plus tôt, avec une demande accrue pour des contrats longs. Cela permet d’absorber les surcoûts industriels et la hausse des taux d’intérêt. Par ailleurs, s’agissant des coûts industriels, je pense que l’essentiel de l’inflation est derrière nous. Nous anticipons une baisse du coût des panneaux solaires et des batteries, en lien avec la décrue des matières premières. Dans l'éolien, nous nous attendons plutôt à un plateau. Nos coûts financiers pourraient encore augmenter mais cela est bien intégré dans nos modèles. Nous sommes confiants dans le fait de pouvoir maintenir les taux de rentabilité interne (TRI) de nos projets.

Regrettez-vous de ne pas être présent aux Etats-Unis, où les énergies renouvelables semblent promises à un nouvel essor grâce à l’Inflation Reduction Act (IRA) adopté l’année dernière ?

Nous ne sommes pas présents aux Etats-Unis mais dans de nombreux pays de l’OCDE, avec une stratégie de diversification géographique et technologique bien établie. En 2022, nous avons poursuivi cette expansion dans deux nouveaux pays, le Canada et la Suède. Nous sommes très disciplinés sur la rentabilité de nos projets. La rentabilité en France peut être bien plus élevée qu’aux Etats-Unis. En France, nous avons des contrats longs et une très bonne exécution de projets. La difficulté se situe plus dans la phase de développement et d’obtention des permis. Il y a des pays où c’est l’inverse, où l’on obtient facilement des permis mais où l’exécution est plus difficile.

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