Veolia veut acheter Suez à Engie
Coup de théâtre. Veolia a annoncé avoir remis dimanche au producteur de gaz et d'électricité Engie une offre ferme pour l’acquisition de 29,9% des actions de Suez qu’il détient et son intention de déposer une offre sur le solde.
Au prix de 15,5 euros par action de Suez, l’offre sur la participation de 29,9% est réalisable immédiatement. Elle est valable jusqu’au 30 septembre 2020, a indiqué Veolia dans un communiqué. L’offre a été qualifiée d’« amicale » par Antoine Frérot, le PDG de Veolia, lors d’une conférence de presse téléphonique. « L’offre a été faite à Engie aujourd’hui. Ils l’ont recueilli et vont l’instruire comme il convient, sans faire de commentaire », a ajouté le PDG de Veolia.
Engie a pour sa part confirmé dimanche avoir reçu une proposition d’achat d’une partie de sa participation dans Suez. « Engie va étudier cette proposition dans les prochaines semaines », a indiqué le groupe. « Engie privilégiera la solution la plus attractive pour ses actionnaires, dans le respect des parties prenantes, et après prise en considération de la qualité du projet industriel », a ajouté le producteur de gaz et d’électricité.
Objectif : créer un « super champion mondial »
Selon le PDG de Veolia, ce rapprochement permettrait de créer le « super champion mondial de la transformation écologique », au moment où tous les « plans de relance en Europe et ailleurs dans le monde prévoient des volets écologiques ». « Si elle est acceptée par Engie, Veolia a l’intention, à la suite de l’acquisition des 29,9% des actions de Suez, de déposer une offre publique d’acquisition volontaire du solde des actions de Suez », ajoute le communiqué. Le dépôt de cette offre publique sera réalisé dès l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires, notamment en matière de concurrence, dans les 12 à 18 mois. La proposition de Veolia à Engie inclut un engagement d’apport par Engie à l’offre publique de ses 1,8% restant dans Suez.
« L’offre n’est pas sollicitée. Mais Engie s’interroge sur sa participation, nous répondons à cette sollicitation indirecte, il est naturel que quelqu’un comme nous fasse une offre, nous en sommes à ce stade là. Si Engie ne l’accepte pas, nous verrons qu’elle position nous adopterons », a ajouté Antoine Frérot.
Le 31 juillet, Engie s’est en effet fixé de nouveaux objectifs financiers et a annoncé un recentrage stratégique, après la chute de son résultat net au premier semestre dans un contexte économique marqué par la crise sanitaire.
Veolia n'écarte pas une augmentation de capital
Le prix proposé de 15,5 euros par action pour le bloc de 29,9% représente une prime de 50% sur le cours de clôture de Suez du 30 juillet « non affecté par l’annonce des intentions d’Engie », a souligné Veolia. Il représente un montant de 2,9 milliards d’euros, a précisé Antoine Frérot. Cette proposition, approuvée à l’unanimité par le conseil d’administration de Veolia, serait payée en numéraire. L’ensemble de l’opération, relutive dès la première année, serait réalisée « avec une dette maîtrisée permettant de conserver le profit ‘investiment grade’ (catégorie investissement) de Veolia », souligne le communiqué.
Pour financer une OPA dont le montant atteindrait 10 milliards d’euros, Antoine Frérot a précisé que Veolia pourrait avoir recours à une augmentation de capital. Le montant de celle-ci n’a pas été déterminé, a précisé le PDG. En ajoutant la reprise de dette, Suez est valorisée environ 21 milliards d’euros.
Meridiam en soutien
Pour régler les problèmes éventuels de concurrence dans le secteur de l’eau en France, où le groupe combiné aurait une position dominante, Veolia a trouvé un accord avec le fonds d’investissement Meridiam pour que celui-ci achète la division eau de Suez. D’autres cessions pourraient être nécessaires, notamment dans les déchets en France, où les acheteurs potentiels sont plus nombreux que dans l’eau, a précisé Antoine Frérot. En revanche, à l’international, les recoupements d’activités sont marginaux.
Antoine Frérot a indiqué que les « pouvoirs publics ont été informés ». Il a assuré que l’opération n’aurait aucune conséquence sur l’emploi. « Je propose aux équipes de Suez de nous rejoindre, il y aura de la place pour tous dans ce grand projet », a lancé le PDG.
Les deux groupes s'étaient récemment rapprochés. Ils avaient trouvé un accord mi-août pour que Veolia achète Osis, l’une des filiales de Suez dans l’eau.
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