Une OPA de Schneider sur Tyco International serait loin de faire l’unanimité
Schneider Electric gagne en appétit. Après le rachat l’an dernier de la partie distribution d’Areva T&D, et une série de huit acquisitions de plus petite taille en dix-huit mois, le groupe serait prêt à se lancer dans une opération nettement plus conséquente, si l’on en croit l’agence Bloomberg: Schneider étudierait le rachat de Tyco International, l’une des trois filiales du conglomérat qui avait défrayé la chronique judiciaire aux côtés d’Enron dans les années 2000. Hier, la direction de Schneider ne faisait «aucun commentaire».
La nouvelle a sonné le marché. L’action Schneider a terminé en baisse de 3,66% à 117 euros, avec une chute de 4,65% en séance. Car l’opération nécessiterait probablement une augmentation de capital. Hier, Tyco, dont l’action progresse de 19% depuis le début de l’année, capitalisait 23,3 milliards de dollars (16 milliards d’euros), moitié moins que Schneider. Sans compter la prime qu’aurait sûrement à payer l’acquéreur pour convaincre les actionnaires et éviter toute contre-offre sur un groupe au capital éclaté.
«Faire une augmentation de capital de l’ordre de 10 milliards d’euros et se réendetter pour Tyco semble un peu aventureux compte tenu de son portefeuille d’activités hétéroclite», explique Lionel Melka, associé chez Bernheim, Dreyfus & Co, un fonds spécialisé dans les OPA. Si Tyco est présent dans les systèmes d’alarme et de sécurité pour les bâtiments, un secteur dans lequel Schneider ne dispose pas d’une position de numéro un ou deux mondial, le groupe réalise 20% de son chiffre d’affaires (17 milliards de dollars en 2010) dans les valves pour les réseaux d’eau. Activité qui ne trouverait pas sa place chez Schneider.
Pour le marché, cette rumeur, qui vient après celle sur Cooper Industries, confirme que Schneider a des fourmis dans les jambes. Ancien de chez Pernod Ricard, pour lequel il a négocié les rachats de Seagram ou d’Allied Domecq, Emmanuel Babeau, le directeur financier de Schneider, est un spécialiste des «gros coups». Et «avec un cours de Bourse au plus haut historique, et un bilan sous-endetté, Schneider a les moyens de se lancer dans une opération de taille significative», indique Lionel Melka. En 2010, grâce à un cash-flow de 2,4 milliards, Schneider a ramené sa dette nette à 2,7 milliards, pour des fonds propres de 14,8 milliards. Elle ne représentait que 0,8 fois son excédent brut d’exploitation. A ce rythme, le groupe serait désendetté en 2012.
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