Standard & Poor’s relègue Lafarge au rang d'émetteur spéculatif

La notation du cimentier s'établit désormais à « BB+/B », assortie d’une perspective stable. L’agence juge la marge d’autofinancement trop faible
Antoine Duroyon

Fortement anticipée (lire l’Agefi du 25 février), la sanction est tombée. Standard & Poor’s a perdu patience, reléguant Lafarge en catégorie spéculative. La note de crédit du cimentier français passe de «BBB-/A-3» à «BB+/B», assortie d’une perspective stable. L’agence de notation pointe du doigt un ratio de cash-flow sur dette nette sous les 15% fin 2010, alors qu’elle l’attend à un niveau près de deux fois supérieur pour prétendre à la catégorie «investment grade». Sa forte exposition au marché égyptien, où le groupe a dégagé 10% de son excédent brut d’exploitation en 2010, n’a pas joué en sa faveur.

La notation de Lafarge hérite désormais du statut de «crossover», «high yield» chez S&P et «investment grade» chez Moody’s. Une situation, expérimentée par exemple par le groupe Pernod Ricard, et qui va se traduire pour Lafarge par le renchérissement de certaines lignes obligataires protégées par des clauses d’accroissement du coupon (step up) de 125 points de base en cas de basculement dans la catégorie «high yield». Le cimentier a d’ores et déjà estimé cet impact à 20 millions d’euros en 2011 et 65 millions en 2012.

Pour autant, le groupe reste serein. Il a déjà préfinancé les tombées obligataires du premier semestre 2011 grâce au placement d’un milliard d’euros réalisé en novembre. Même si le besoin de recourir au marché obligataire ne semble pas urgent, Lafarge pourrait s’efforcer de maintenir sa position d'émetteur dynamique (ses financements proviennent aux trois quarts du marché obligataire), quitte à accepter une hausse de quelques dizaines de points de base de ses conditions de financement.

Le groupe entend en tout cas mettre en œuvre les moyens lui permettant de redorer son blason. Il a présenté lors de ses résultats annuels un programme de réduction de la dette nette (à activité constante), qui s'établissait à 14 milliards d’euros fin 2010, de deux milliards d’euros cette année grâce à une baisse de moitié de son dividende, à de nouvelles cessions d’actifs et à une limitation de ses investissements. Ce régime draconien doit lui permettre de retrouver un ratio de cash-flow sur dette nette supérieur à 20% dès la fin de 2011. Et renouer ainsi avec la catégorie «investment grade».

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