Schneider Electric électrise sa gouvernance
Surprise de taille chez Schneider Electric. En annonçant lundi que son conseil d’administration avait décidé, à l’unanimité, de nommer Olivier Blum au poste de directeur général en remplacement de Peter Herweck, avec effet immédiat, l’équipementier électrique a créé la stupeur. Rien ne laissait augurer une telle révolution de palais lorsque, le 30 octobre, le groupe a dévoilé de solides résultats trimestriels. L’action a accusé le coup, terminant en recul de 2,3% à 234,3 euros.
«Le conseil d’administration a décidé de mettre fin aux fonctions de directeur général de Peter Herweck suite à des désaccords dans la mise en œuvre de la feuille de route de la société à un moment d’opportunités significatives», a précisé le groupe dans un communiqué.
De nationalité allemande, Peter Herweck avait pris la tête de Schneider Electric en mai 2023, quand les fonctions de président et de directeur général avaient été dissociées à l’initiative du conseil d’administration. A l'époque, le PDG Jean-Pascal Tricoire avait adoubé son successeur et vendu au marché une «transition en douceur». Celle-ci n’allait pas de soi, tant le patron français, âgé de 61 ans, a fait en vingt ans du groupe un géant mondial de la transition énergétique, septuplant au passage sa capitalisation boursière.
Style de management
La succession n’a pas résisté à l’épreuve des faits. Lors d’un bref échange téléphonique avec des analystes, rapporté par les analystes de JPMorgan, la directrice financière a indiqué que le conseil d’administration s’était ému du style de management de Peter Herweck. Et qu’il avait voulu agir avant que ne se matérialise le moindre impact négatif sur la progression du groupe. Pour l’heure, tout va bien : l’action grimpe de 29% depuis le 1er janvier et la capitalisation boursière de 135 milliards d’euros place Schneider Electric au cinquième rang du CAC 40 sur ce critère.
Choisi par Jean-Pascal Tricoire, Peter Herweck n’était pas un inconnu. Il avait passé cinq ans à la tête d’Aveva, la filiale britannique de logiciels industriels rachetée en 2017. Mais autant cette dernière pouvait être gérée de manière centralisée, autant le groupe est organisé à l’inverse, avec trois «hubs» en Asie, en Europe et en Amérique du Nord, des patrons de régions très autonomes et un PDG qui s’était installé, tout un symbole, à Hong Kong pour piloter l’ensemble. «Le management centralisé de Peter Herweck ralentissait la prise de décision au moment où il faut accélérer sur la croissance organique», décrypte un bon connaisseur du groupe.
«Désaccords sur la mise en œuvre» et non divergence stratégique, la nuance est importante. Elle écarte d’éventuelles oppositions entre le directeur général, son président et son conseil sur des opérations de croissance externe. Notamment celle, avortée, de l’américain Bentley Systems, pour laquelle Peter Herweck avait investi beaucoup de son temps au printemps.
«Candidat idéal»
Le changement de directeur général n’en reste pas moins une «surprise majeure» et ternit l’héritage jusqu’à présent immaculé de Jean-Pascal Tricoire. Olivier Blum apparaît toutefois comme «le candidat idéal pour assurer la continuité d’une stratégie qui reste inchangée», apprécient les analystes de JPMorgan.
Agé de 54 ans et citoyen français, Olivier Blum est membre du comité exécutif depuis 2014. Il dirigeait depuis 2022 la division gestion de l'énergie, le segment le plus important du groupe. Son profil avait déjà été identifié, avec d’autres, lors du processus de succession mené il y a dix-huit mois, mais sa prise de poste à la tête de la gestion de l’énergie était alors jugée trop récente.
C’est dans ce vivier interne que le conseil d’administration est allé puiser lorsqu’il s’est mis, il y a quelques semaines, en quête d’un nouveau directeur général. «Plusieurs candidats externes et internes de haute qualité ont été considérés», a précisé Fred Kindle, vice-président et administrateur référent indépendant de Schneider Electric, dans le communiqué du groupe. De source proche, aucun candidat externe n’a cependant été auditionné.
Au cours de sa carrière, Olivier Blum a aussi dirigé les ressources humaines du groupe. A ses yeux, expliquait-il au Figaro en 2019, un DRH devait «garder son indépendance lorsque c’est nécessaire pour challenger le PDG». La relation nouée avec Jean-Pascal Tricoire durant ses trente ans de maison devrait faciliter la greffe.
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