Rio Tinto et BHP Billiton cèdent face au poids du lobbying chinois

Les deux géants miniers renoncent à leur projet de coentreprise, la Chine, importateur majeur de minerais, craignant une hausse des prix
Patrick Aussannaire

BHP Billiton et Rio Tinto jettent l’éponge. Les seize mois d’efforts consentis pour faire aboutir leur projet de coentreprise de production de minerai de fer de quelque 116 milliards de dollars (83 milliards d’euros) auront finalement été vains. La décision est tombée ce matin à Melbourne, les autorités de la concurrence et les sidérurgistes ayant finalement eu raison des ambitions des deux géants miniers.

Le projet était ambitieux, trop ambitieux pour laisser le secteur de la sidérurgie et les régulateurs sans réaction. «Le montant total des synergies offertes par une coentreprise à 50% méritait bien que l’on poursuive le projet», regrette le président de Rio Tinto, Tom Albanese. Le deuxième et le troisième producteur mondiaux de minerai de fer tablaient sur des économies de 10 milliards de dollars de synergies en combinant leurs mines,voies de transports ferroviaires et maritimes dans la région de Pilbara située dans l’Ouest de l’Australie.

Marius Kloppers, directeur général de BHP Billiton, explique que «il devenait évident que la transaction n’avait aucune chance d’obtenir l’aval des autorités». Les groupes de sidérurgie, notamment en Chine, étaient fermement opposés au projet craignant une concentration trop forte de la production, et donc du pouvoir de fixation des prix, dans les mains des poids lourds du secteur. Les deux sociétés, avec le brésilien Vale, représentent à eux seuls les deux tiers de la production mondiale de minerais, alors que la Chine importe environ 50 millions de tonnes de minerais par mois notamment en partance de la région de Pilbara, la plus proche de ses côtes. Mais la Chine n’était pas seule à s’opposer au projet, les autorités européennes, australiennes, coréennes et japonaises avaient également fait savoir aux deux groupes leur ferme intention de ne pas laisser le projet aboutir.

Le projet, annoncé en 2009, devait donner à chacune des sociétés la moitié de la production dans la région de Pilbara, BHP devant cependant verser 5,8 milliards de dollars à Rio Tinto pour équilibrer la transaction, une somme cependant jugée insuffisante par nombre d’analystes. «Rio a plus à gagner que BHP dans l’arrêt du projet car ils bénéficient de plus d’infrastructures» estime Tim Schroeders, gérant chez Pengana. Cette décision pourrait ouvrir la porte à une collaboration entre BHP et l’australien Fortescue.

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