Renault se choisit un nouveau tandem
Le conseil d’administration de Renault se réunit à partir de 10 heures ce matin pour évoquer la succession de Carlos Ghosn. Ce dernier est toujours officiellement PDG du groupe, mais ses responsabilités sont depuis le 21 novembre exercées au quotidien par Thierry Bolloré, directeur général délégué à titre provisoire, et Philippe Lagayette, administrateur référent.
Selon toute vraisemblance, le comité des nominations de Renault devrait recommander aux membres du conseil de nommer président Jean-Dominique Sénard (président de Michelin sur le départ) et directeur général Thierry Bolloré. Bruno Le Maire a accentué mardi les louanges adressées au premier, indiquant qu’il «ferait un excellent président de Renault». La semaine dernière, le ministre de l’Economie et des finances avait souligné ses qualités de «grand industriel» et de «spécialiste du secteur automobile» ayant «une conception sociale de l’entreprise». Un avis essentiel, puisque l’Etat est l’actionnaire de référence du groupe, avec 15% de son capital.
Bruno Le Maire s’est également prononcé mardi en faveur d’une dissociation des fonctions de président et directeur général. Ce qui exclut l’hypothèse de voir un dirigeant – en particulier Jean-Dominique Sénard comme certaines rumeurs le supputaient – cumuler les pouvoirs à l’instar de Carlos Ghosn. Le choix de Thierry Bolloré comme directeur général est logique : il connaît l’entreprise et les fonctions de direction au sein de Renault, puisqu’il a été nommé directeur général adjoint en février 2018, dans l’idée de succéder un jour à Carlos Ghosn. Il est aussi un ancien responsable de Michelin, où il a travaillé de 1990 à 2012, avant d’être recruté par Carlos Ghosn, lui-même ex-Bibendum. Thierry Bolloré y a d’ailleurs croisé Jean-Dominique Sénard, recruté par Edouard Michelin en 2005.
Aussi indispensable soit-elle, l’officialisation d’une nouvelle équipe dirigeante n’est qu’une étape dans un parcours semé d’embûches. «Nous pensons qu’après Carlos Ghosn, ce sera une lutte sans fin pour la relation Renault-Nissan», écrivent les analystes d’Evercore ISI, qui évoquent même l’éventualité d’une séparation entre les deux constructeurs après vingt ans de mariage. Sans aller jusqu’à cette extrémité, qui semble encore peu probable étant donné ce qu’a apporté l’alliance à Nissan comme à Renault, les camps français et japonais devront recoller les morceaux d’une relation abîmée et envisager l’avenir de l’alliance à long terme, alors que le secteur automobile fait face à des défis importants.
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