Renault-Fiat-Chrysler, de l’« Alliance » à la « Galaxie »
Premiers à s’exprimer sur le bien-fondé d’un mariage Renault-Fiat-Chrysler, les marchés financiers ont rendu un verdict sans ambiguïté : hors de la consolidation, point de salut pour les constructeurs.
Les chiffres de synergies affichés dans la proposition italienne, 5 milliards par an, se retrouvent dans la hausse en Bourse des deux constructeurs, mais aussi, en partie dans la baisse concomitante du cours de leur concurrent, PSA.
Si le formidable pari industriel que représente un tel rapprochement était réussi, nul doute que les deux partenaires changeraient de catégorie, pour entrer dans le cercle très fermé des super poids lourds du secteur, assez puissants pour financer le triple virage de l’électricité, du véhicule autonome et du prévisible déferlement chinois.
Plus difficile encore cependant s’annonce l’écueil de la gouvernance. Faire fonctionner une « Alliance » est déjà difficile, Renault vient de mesurer à quel point, mais piloter une « Galaxie » pourrait s’avérer carrément mission impossible.
A ce niveau de concentration, aucun Etat ne peut d’abord considérer que ses intérêts vitaux ne sont pas engagés ; on vient de le voir dans la confrontation franco-nippone, on le verra encore si le mariage italien est conclu.
Tout arbitrage industriel ayant des conséquences sur l’emploi, c’est au trébuchet qu’il devra être pesé et rendu. Quant à la mise en œuvre, on rappellera quand même tout ce que le succès incontesté de l’Alliance a dû à l’adresse de Carlos Ghosn, Pdg déchu aujourd’hui mais industriel d’exception.
Dès lors que les nouveaux alliés français et italien conserveront des directions distinctes dans le cadre d’une fusion entre égaux, il ne sera par construction pas question de mettre un tel profil unique à la manœuvre, si tant est qu’on en trouve un.
Enfin, restera à concevoir l’Union en intégrant la composante asiatique de l’ « Alliance ». On conçoit bien que ce n’est pas par hasard si l’idée du mariage franco-italien émerge quelques jours après la fin de non-recevoir adressée par Nissan à celle d’un rapprochement avec Renault.
La nouvelle structure consacrerait sans doute un rééquilibrage du capital qui diluerait l’Etat français, mais aussi celle d’une prise de participation indirecte de Fiat Chrysler dans Nissan sans parler d’une autre, probable, celle de l’Etat italien lui-même.
On voit mal en quoi une telle perspective, qui fera ressembler l’actionnariat de Nissan à une sorte de sculpture de Calder en moins équilibré, pourrait séduire à Tokyo.
Si on souhaite vraiment à Paris préserver l’Alliance japonaise, ce sera une difficulté de taille de plus à franchir sur la route d’une fusion réussie entre égaux. Une première dans l’histoire de l’automobile !
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