Réformes, le clap de fin ?
Rarement un mouvement aura été aussi populaire et aussi violent que les « gilets jaunes ». Le paradoxe s’explique : d’emblée, l’opinion l’a vu comme une protestation de la France qui travaille dur et ne s’en sort plus. Aussi, en dépit de l’agrégation autour de lui d’autres protestataires, pas toujours mus par d’aussi bonnes raisons, n’a-t-elle jamais varié dans son soutien. Si des mesures concrètes annoncées ou à venir demeureront cruciales pour apaiser les esprits, l’avenir des réformes permettant à la France de s’adapter au siècle qui vient pourrait être envisagé avec un peu plus d’optimisme par tous ceux qui les jugent toujours nécessaires. A quelques conditions toutefois.
La première est un changement de méthode. Au nom de l’urgence et l’efficacité, et avec une bonne dose de brutalité technocratique, certaines de ces réformes ont trop souvent été soit impulsées au pas de charge via des ordonnances, comme la réforme du droit du travail, soit imposées au prix d’une épreuve de force menant à une dangereuse impasse, comme la réforme des finances locales, soit descendues de l’Olympe sans concertation, comme la limitation de vitesse à 80 km/h ou les taxes sur le carburant. La démarche qui consiste à forcer le destin, quitte à bousculer les interlocuteurs, y compris des corps intermédiaires légitimement investis par leurs mandants, est une idée fausse et dangereuse. La France n’a pas besoin de moins, mais de plus de démocratie. Le temps soi-disant gagné se reperd au quintuple. Le Premier ministre, qui n’a que le mot de dialogue à la bouche, aurait dû y penser plus tôt.
La seconde condition est de prendre au sérieux le ras-le-bol fiscal qui touche toutes les franges de la population. Sur ce point, le soutien du pays à une baisse forte, rapide et continue des prélèvements peut fournir un point d’appui à une refonte d’ensemble de la fiscalité dont chacun puisse attendre au sein des classes moyennes, bien au-delà des « gilets jaunes », une amélioration de sa situation. Une telle réforme, qui devra tenir compte de l’exigence d’équité mais aussi de clarté quant à l’emploi réel des prélèvements, obligera à en engager une autre qui n’est que son reflet, la baisse résolue de la dépense publique. Celle-ci passe par une remise en cause des processus administratifs. En ce domaine, le numérique n’en est qu’à ses balbutiements.
Ces deux conditions seront aussi capitales pour qu’une autre réforme essentielle puisse aboutir au cours du quinquennat : celle des retraites. Pour l’heure, Jean-Paul Delevoye la mène avec une discrétion bienvenue, mais l’heure vient où il faudra sortir du bois. Concertation, dialogue et équité devront, là encore, être les maîtres-mots, en évitant que l’abandon de symboles qui fondent le système depuis la Libération, comme la réversion par exemple, ne vienne affoler une opinion qui ne sait plus à quelle rumeur se vouer. En matière de retraite, une sortie de route du gouvernement n’est pas une option. Sauf à connaître une nouvelle vague de « gilets jaunes », puissance dix !
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