Microsoft négocie un virage coûteux mais stratégique avec le rachat de Skype
Avec un trésor de guerre chiffré à 50 milliards de dollars, Microsoft ne connaît pas les fins de mois difficiles. Le groupe de Richmond devra néanmoins se montrer convaincant pour justifier les 8,5 milliards de dollars (5,9 milliards d’euros), dette comprise, qu’il vient d’affecter au rachat de Skype. Fondé en 2003, le spécialiste de la messagerie instantanée, de la téléphonie IP et de la visioconférence a vécu une histoire récente agitée. eBay le rachète en 2005 pour 2,6 milliards de dollars avant de revendre les deux tiers de sa participation quatre ans plus tard à un consortium composé de Silver Lake, de l’Office d’investissement du régime de retraites du Canada (CPPIB), d’Andreessen Horowitz et d’Index Ventures.
Moins de deux ans plus tard, Microsoft leur offre une voie de sortie pavée d’or. Le groupe dirigé par Steve Ballmer met la main sur une société à la notoriété établie, avec 170 millions d’utilisateurs actifs, mais aux résultats financiers encore limités. Skype a dégagé l’an dernier un excédent brut d’exploitation (Ebitda) de 264 millions de dollars pour un chiffre d’affaires de 860 millions. Sa perte est ressortie à 7 millions de dollars.
«Dans cette atmosphère de bulle internet 2.0, remporter une société internet déficitaire pour environ 10 fois les ventes semble probablement très bon marché», commente Michael Clendenin, responsable du cabinet RedTech Advisors. «Mais si vous considérez qu’elle était valorisée seulement 2,5 milliards de dollars 18 mois plus tôt, alors 8,5 milliards de dollars peut paraître généreux et Microsoft aura fort à faire pour prouver que cela était nécessaire pour la stratégie du groupe.»
Skype va devenir une division opérationnelle de Microsoft qui sera pilotée par son directeur général actuel, Tony Bates. Le groupe américain pourrait combiner les fonctionnalités de Skype à son service de messagerie Outlook ou à son réseau de jeux en ligne Xbox Live. Mais les perspectives les plus prometteuses résident peut-être dans une intégration de Skype au Windows Phone. Cela placerait le système de Microsoft en bonne position face aux offres concurrentes sur les mobiles: Face Time pour Apple (iOS) et Google Voice pour Google (Android). Autant d’efforts qui viseraient à ranimer les services en lignes de Microsoft, plombés par une perte d’exploitation de plus de 700 millions de dollars au premier trimestre.
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