S’il en a largement les moyens financiers, le groupe américain s’engage sur une opération diplomatiquement risquée.
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Olivier Pinaud
Microsoft a confirmé les discussions pour acheter les activités américaines de TikTok.
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Ce n’est pas forcément le candidat le plus naturel. Pourtant, Microsoft se montre plus que jamais intéressé par l’acquisition des activités nord-américaines de TikTok, le réseau social appartenant au groupe chinois ByteDance. Satya Nadella, le directeur général de Microsoft, a pris son téléphone dimanche soir pour plaider la cause de son groupe auprès de Donald Trump, alors que ce dernier menaçait depuis plusieurs jours d’interdire purement et simplement TikTok aux Etats-Unis.
Ultimatum
La discussion a porté ses fruits. Le président américain aurait donné 45 jours à ByteDance pour vendre les activités américaines de TikTok et échapper ainsi à une interdiction d’exercice plus large. ByteDance est sous le coup d’une enquête du Cfius, le bureau chargé de contrôler les investissements étrangers aux Etats-Unis, à la suite de l’acquisition en 2017 de Musical.ly, une application qui a permis à ByteDance d’internationaliser TikTok.
Dans un message publié sur son blog, Microsoft a confirmé les discussions pour acheter les activités américaines de TikTok, ainsi que celles du groupe chinois au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Le groupe fondé par Bill Gates espère trouver un accord d’ici au 15 septembre, afin de respecter l’ultimatum fixé par Donald Trump. Sans citer le nom de Microsoft, le PDG et fondateur de ByteDance, Zhang Yiming, a expliqué dans un message interne que l’entreprise a entamé des discussions avec un groupe technologique afin de dégager la voie «pour que nous puissions continuer à proposer l’application TikTok aux Etats-Unis».
Les vues de Microsoft sur TikTok semblent peu naturelles, alors que ses «efforts dans le domaine de l’internet grand public financé par la publicité ont été historiquement mitigés», reconnaissent les analystes d’UBS. «Microsoft a également réussi à éviter une partie de l’examen réglementaire auquel sont soumis d’autres entreprises technologiques de grande taille, et il est donc un peu surprenant que la société se mette sous les feux de la rampe en cherchant à acheter TikTok malgré les suspicions de l’administration Trump sur ses liens avec l’Etat chinois», ajoutent les analystes.
Interminables contentieux
Microsoft risque de devenir l’un des leviers de la guerre diplomatique entre les USA et la Chine. Lundi, Peter Navarro, le conseiller au commerce de la Maison blanche, a indiqué que Microsoft pourrait devoir vendre ses activités en Chine. «Un accord imposé sous la contrainte de Washington pourrait ouvrir la voie à d’interminables contentieux s’il venait à entraîner une issue défavorable pour les actionnaires privés actuels», a prévenu de son côté Fred Hu, président du groupe Primavera Capital, actionnaire de ByteDance et l’une des firmes de capital-investissement les plus renommées de Chine.
Un risque gérable
Si le risque diplomatique est réel, le risque financier est gérable pour Microsoft. Selon les analystes de Morningstar, «l’activité américaine de TikTok vaut entre 5 et 11 milliards de dollars». D’autres sources évoquent le prix de 30 milliards de dollars, soit un peu plus que les 26 milliards de dollars payés par le groupe pour s’emparer de LinkedIn. Mais UBS rappelle que Microsoft a généré 45 milliards de dollars de cash-flow libre en 2019.
Les analystes d’Evercore reconnaissent que TikTok donnera à Microsoft un accès à un marché publicitaire beaucoup plus large, mais ils estiment que celui-ci doit également tenir compte du comportement volatil des utilisateurs envers ce type d’applications à la mode. Microsoft devra également s’assurer qu’une acquisition potentielle de TikTok, qui représente moins de 1% de son chiffre d’affaires, n'éclipsera pas le sujet prioritaire qu’est son développement dans le cloud.
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