Mail.ru réussit son entrée en bourse malgré des multiples vertigineux
Reparlera-t-on bientôt de bulle internet? L’engouement pour l’IPO londonienne de Mail.ru peut poser la question, car les multiples vertigineux n’ont pas refroidi les investisseurs.
A 27,7 dollars, le groupe a retenu un prix de haut de fourchette (L’Agefi du 27 octobre) pour placer avec plusieurs jours d’avance quelque 900 millions de dollars de certificats (GDR), faisant ressortir une capitalisation implicite de 5,6 milliards de dollars.
A ce niveau, le leader de l’internet en russe affiche une valeur d’entreprise pesant 53 fois l’Ebitda prévu par les analystes sur 2010. Mieux encore, avec l’envolée de 30% du titre pour ses premiers échanges (36 dollars), le ratio induit a grimpé vendredi à 69. «C’est un pari sur la croissance», admettait la semaine dernière un gérant américain. Il est vrai que ce type d’actifs ciblant les émergents est rare et que les perspectives sont alléchantes. Aux dires de certains analystes, l’Ebitda devrait plus que doubler en 2011 puis gagner 35% en 2012, au vu d’une croissance moyenne de l’activité de 30%. Dès lors, au dernier prix, les multiples seraient ramenés à 32,9 pour 2011 et 24,1 pour 2012.
Les investisseurs ont pu également faire un autre calcul. Outre ses activités propres, Mail.ru possède diverses participations dont 2,4% de Facebook, 1,5% de Zynga et 5,1% de Groupon. Elles ne sont pas cotées. Mais d’après les chiffres avancés par le site spécialisé SharesPost, qui mêlent dernières transactions, derniers tours de table et analyses maison, ces trois tickets pourraient valoir plus d’un milliard de dollars.
Retraité de ces participations, le cœur de métier du groupe russe afficherait alors au dernier cours des multiples d’Ebitda un peu plus mesurés: de 28 fois 2011 et 20,6 fois 2012.
Mail.ru reste alors deux fois mieux valorisé que Google ou Yahoo, qui ont des ratios de 9,6 à 10,1 pour 2011 et de 10,7 à 11,1 pour 2012. En revanche, le groupe russe est ainsi proche de ce qui s’observe sur d’autres groupes émergents. A Hong Kong, Alibaba.com vaut par exemple 24 fois son Ebitda 2011 et 18,5 fois celui de 2012.
C’est d’ailleurs une valorisation similaire que fait ressortir le prix d’IPO du russe (25 fois 2011 et 18,5 fois 2012). En retraitant les chiffres de ses diverses participations, on peut même dire que l’IPO a valorisé son cœur de métier avec une décote de 15% à 20% sur Alibaba. Ce que le marché a vite corrigé.
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