L’inflation constitue l’ennemi numéro un des prévisions de résultats
La remontée des taux longs a déjà provoqué quelques turbulences sur les marchés actions. Ces derniers jours, le mouvement de rotation qui s’était engagé à l’automne 2021, avant qu’Omicron ne vienne perturber temporairement le raisonnement, a vigoureusement repris, en envoyant au passage quelques secteurs dans le décor, notamment la technologie. «Selon les modèles de valorisation par l’actualisation des flux de trésorerie (discounted cash flow, DCF), la hausse des taux augmente la valeur des résultats les plus proches et réduit celle des flux de trésorerie plus lointains. D’où l’accélération ces derniers jours du mouvement de rotation, de la technologie vers des secteurs dits value», explique Gilles Guibout, responsable des actions européennes chez Axa IM.
La remontée des taux pourrait-elle provoquer un effet de seconde lame, en venant amputer les bénéfices futurs des entreprises du fait d’une augmentation des coûts de financement ? «Nous ne voyons pas de menace imminente de la hausse des taux sur les conditions de financement. En outre, les perspectives de bénéfices des entreprises sont bien plus liées à la croissance globale de l'économie, à la demande et à l’inflation qu'à la remontée des taux longs», rassure Emmanuel Cau, responsable de la stratégie actions européennes chez Barclays. «Les entreprises se sont fortement désendettées ces dernières années ce qui réduit considérablement le risque», appuie Catherine Garrigues, directrice de la gestion actions Europe chez Allianz GI, pour qui «la remontée des taux, qui sera progressive, ne constitue pas une préoccupation majeure pour les perspectives de bénéfices pour les entreprises» et donc pour les marchés.
Certains secteurs, et les banques en premier chef, vont en profiter grâce à une remontée de leurs marges d’intérêts. La publication ce vendredi des résultats de JPMorgan, Wells Fargo et Citigroup permettra d’apprécier le phénomène, déjà perceptible dans les comptes du troisième trimestre 2021, y compris chez les banques françaises.
Des inquiétudes déjà réelles
Mais, la remontée des rendements n’est pas si innocente qu’elle en a l’air. «La hausse des taux étant l’une des conséquences de l’accélération de l’inflation, elle nourrit les préoccupations actuelles des investisseurs», reconnait Gilles Guibout. Non coupables, les taux seraient néanmoins complices de l’inflation, l’ennemi public numéro un pour les résultats à venir. Avec une question : comment les entreprises vont-elles pouvoir continuer à y faire face en répercutant la hausse des coûts de production sur leurs prix de vente ? «Certains groupes ont commencé à s’en inquiéter dès le troisième trimestre 2021», rappelle Catherine Garrigues, comme les sociétés d’agroalimentaire, Nestlé et Unilever.
«L’inflation était jusqu’à présent due à un choc de demande et aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement et de production. Les entreprises ont pu expliquer cela à leurs clients et passer des hausses de prix pour compenser ces surcoûts. Mais quelle sera leur capacité à augmenter les prix une fois ces disruptions passées ?», ajoute Gilles Guibout qui attend la publication des premiers résultats du quatrième trimestre 2021 pour trouver quelques éléments de réponse sur la réalité du pricing power des entreprises.
Certains secteurs à forte marge brute et à faible concurrence, comme le luxe ou l’automobile haut de gamme, peuvent se permettre d’augmenter leurs prix sans risquer de perdre des clients. Ceux liés à la transition écologique, comme les câbles ou les fabricants d’équipements énergétiques, profiteront d’une demande mondiale soutenue par les plans de relance étatiques pour protéger leurs prix. Mais qu’en est-il pour des secteurs plus concurrentiels comme la chimie, la métallurgie ou l’hôtellerie-restauration ? Ce dernier, afin de retrouver la main d’œuvre perdue pendant la crise du Covid-19, commence d’ailleurs à passer des augmentations salariales. Pourront-elles être répercutées sur les additions ?
Marges au plus haut
Aujourd’hui, les prévisions ne prennent pas en compte cet éventuel risque inflationniste de second tour. «Après plusieurs trimestres de très forte hausse, lié à un effet de rattrapage de l'économie, la dynamique de révision à la hausse du consensus sur les résultats à venir s’est logiquement assagie mais elle reste positive», indique Emmanuel Cau.
Le consensus établi par Factset pour le SBF 120 prévoit une hausse de 10,8% du bénéfice par action en 2022, un chiffre qui a assez peu bougé ces trois derniers mois. La marge d’exploitation (Ebit) devrait encore gagner 22 points de base, pour monter à 13,1% fin 2022. Mais une poussée inflationniste durable dans une économie appelée à ralentir après deux années folles viendrait nécessairement entailler ces niveaux de marges historiquement élevés.
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