Les questions sociales s’invitent à l’assemblée générale de Carrefour
Climat sous tension lors de l’assemblée générale annuelle de Carrefour, aux Docks de Paris à Aubervilliers, vendredi. Les sujets sociaux se sont invités en séance, alors que le PDG du distributeur, Alexandre Bompard, se félicitait des résultats du groupe et de la progression de 20% de son cours de Bourse depuis janvier, à comparer à une baisse de 10% pour le CAC 40 et de 15% pour ses concurrents. Mais il vise désormais un plan d’économies de 2,7 milliards d’euros sur la période 2021-2023, pour faire face à l’inflation, la hausse des prix de l'énergie, du transport et des matières premières.
Un sujet qui suscite l’inquiétude des salariés. La CGT était présente à l’entrée du bâtiment où se tenait la réunion des actionnaires du groupe, et une cinquantaine de salariés étaient dans la salle avec des gilets floqués CFDT. Lors de la séance des questions aux actionnaires, la CFDT et la CGT ont donc interpellé Alexandre Bompard. La CFDT, par la voix de son délégué Sylvain Macé, a réclamé une «revalorisation des salaires». «Nous avons des discussions prévues en septembre», a répondu Alexandre Bompard.
Le dirigeant a rappelé que les négociations annuelles obligatoires conclues fin février avaient abouti à une augmentation de salaire minimale de 2,6% (1,3% au 1er février et 1,3% au 1er juillet) par salarié et même 2,8% pour l’immense majorité ayant plus de quatre mois d’ancienneté dans les hypermarchés, soit «environ 60% des effectifs France» du groupe. La proposition avait été acceptée par FO, la CFDT et la CFE-CGC.
Sorties de magasins
Autre sujet épineux pour Carrefour, le passage de nombreux magasins en location-gérance. Une manière de les faire sortir, à terme, du périmètre du groupe.
Depuis le début du plan de transformation initié par Alexandre Bompard, le passage de magasins en location gérance s’est accéléré. A ce jour, environ 46 hypermarchés (sur 253) et 245 supermarchés Market (sur 1.043) sont en location-gérance en France, selon LSA. Cinq hypermarchés français (et bientôt un sixième) ont été repris par le groupe détenant LabelVie, important franchisé Carrefour au Maroc, selon le magazine spécialisé.
Un mode d’exploitation auquel Carrefour recourt de plus en plus, notamment pour ses magasins très déficitaires afin d’éviter leur fermeture, en les confiant à un repreneur. Il garde la propriété des murs, en se faisant verser un loyer par le franchisé. Les salariés dépendent de la société du repreneur, étant hors du périmètre de Carrefour France.
C’est ce qui suscite l’inquiétude des syndicats. La location-gérance «tend à précariser les salariés», a déclaré vendredi le délégué CGT Philippe Allard, lors de la séance de questions. Ils «perdent au bout de 15 mois les avantages et les salaires» que perçoivent les autres salariés de Carrefour, a-t-il souligné. Alexandre Bompard, en retour, a dit refuser de «considérer qu’il y aurait d’un côté Carrefour et les gens qui font partie de son effectif social, et de l’autre des collaborateurs qui ne participeraient pas de l’aventure Carrefour».
La rémunération 2022 passe mieux
Le rémunération même d’Alexandre Bompard pour l’année 2021 a été contestée, cette fois du côté des actionnaires, dans un contexte de contestation croissante des packages jugés trop généreux. La résolution n’a ainsi remporté que 58,83% de votes pour, avec plus de 41% de votes contre.
Elle se décompose en trois parties, dont une rémunération fixe de 1,5 million d’euros, inchangée depuis son arrivée à la tête du groupe en 2017. S’y ajoute une part variable annuelle, au maximum 190% de la rémunération fixe, soit au maximum 2,85 millions d’euros, sous conditions de performance. Ainsi qu’une rémunération dite de long terme, qui ne doit pas excéder 50% de la rémunération globale. Cette dernière est d’un peu moins de 4 millions d’euros, selon la brochure de convocation à l’assemblée générale de vendredi.
En revanche, la politique de rémunération d’Alexandre Bompard pour l’année en cours, l’exercice 2022, a été peu contestée, avec près de 85% de votes favorables. Elle prévoit globalement le même montant de rémunération, les parts fixe et variable demeurant inchangées, tandis que la part dite de long terme, également payable en actions, est portée à 52,5% de la rémunération globale maximum.
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