Les laboratoires cibles d’OPA se défendent en vantant leur stratégie

Shire, convoité par AbbVie, compte doubler ses ventes de produits d’ici à 2020. Allergan, recherché par Valeant, rappelle son parcours boursier
Bruno de Roulhac

Difficile de faire une offre hostile sur un laboratoire pharmaceutique. Pfizer a été le premier à en faire les frais, en renonçant le mois dernier à racheter AstraZeneca, après avoir relevé à quatre reprises sa proposition d’offre mixte. Actuellement, le canadien Valeant tente toujours de mettre la main sur le laboratoire américain Allergan, fabricant de l’antirides Botox; tandis que l’américain AbbVie ne parvient pas à séduire l’irlandais Shire.

Les deux cibles font entendre haut et fort leur opposition et montrent la pertinence pour elles de rester indépendantes.

Shire, qui a déjà rejeté trois offres d’AbbVie dont la dernière le valorisait 46,5 milliards de dollars, a dévoilé hier ses ambitions de long terme. Le laboratoire table sur un doublement de ses ventes de produits, qui passeraient de moins de 5 milliards de dollars en 2013 à 10 milliards d’ici 2020 sur la base du portefeuille actuel. Il se fixe un objectif intermédiaire de 6,5 milliards d’ici 2016. La division maladies rares et celle des neurosciences devraient dégager chacune plus de 3 milliards de dollars de ventes d’ici 2020. AbbVie a jusqu’au 18 juillet pour déposer une offre ferme, sinon il devra se taire pendant six mois conformément à la réglementation britannique. Comme Pfizer en son temps, AbbVie veut bénéficier de l’avantageux régime fiscal irlandais.

Le conseil d’Allergan, éclairé par ses banques conseil Goldman Sachs et BoA Merrill Lynch, a rejeté une nouvelle fois l’offre mixte de 52 milliards de dollars de Valeant la jugeant «largement insuffisante», sous-évaluant «considérablement» la société et créant des «risques et incertitudes importants» pour les actionnaires. Le conseil souligne en outre, qu’en raison de la baisse de l’action Valeant, la dernière offre donne une valeur implicite de 173,20 dollars par action, au lieu de 179,25 dollars fin mai. Aussi, il demande explicitement à ses actionnaires de ne pas apporter leurs titres à l’offre. Il leur rappelle notamment que le groupe a dégagé en moyenne une progression annuelle de 18,4% de son bénéfice par action depuis 1998, et que sur les cinq dernières années l’action a bondi de 256% contre 113% pour le S&P 500.

Et pour 2015, Allergan table toujours sur une hausse de 20 à 25% de son bénéfice par action et compte dégager 14 milliards de dollars de cash flow libre sur les cinq prochaines années.

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