Les géants miniers serrent les investissements pour sauver les dividendes

Face à la baisse de la demande, notamment chinoise, les groupes miniers prévoient de décaler plus de 200 milliards de dollars de dépenses
Olivier Pinaud

Glencore doit présenter dans les tout prochains jours les détails de son projet de fusion avec sa filiale Xstrata. Or, si pendant un temps l’idée d’un relèvement de la parité de rapprochement a été espérée, un meilleur prix est aujourd’hui hautement improbable.

En quelques semaines, la perception du secteur minier s’est en effet considérablement dégradée. «L’âge d’or des années 2006-2007 est fini, et le risque de baisse des bénéfices existe bel et bien», reconnaissent les analystes de Jefferies. Depuis l’annonce du projet de fusion entre Glencore et Xstrata, début février, l’indice FTSE du secteur minier a chuté de 29%. Le cours de l’action Xstrata a fondu d’autant, malgré le soutien du rapprochement annoncé et surtout la montée progressive du Qatar à son capital. La semaine dernière, le fonds d’investissement de l’émirat a porté sa participation à 9,2%.

Les raisons de ce brutal mouvement de défiance du marché pour les valeurs minières sont connues: ralentissement de la croissance en Chine, premier marché mondial, baisse du prix des matières premières, et envolée des charges opérationnelles. L’inflation des coûts pour les miniers pourrait atteindre 9% cette année, selon Deutsche Bank. Pris en ciseaux, les marges des principaux groupes miniers risquent donc de fortement se dégrader dans les prochains mois, mettant en danger les politiques de rémunération des actionnaires, le premier argument du secteur pour séduire les investisseurs.

Pour s’adapter à ces nouvelles conditions macroéconomiques, plusieurs géants du secteur ont déjà commencé à lever le pied sur leurs investissements. Le numéro un mondial BHP Billiton a ainsi renoncé à son plan d’investissement quinquennal de 80 milliards de dollars. Au total, BHP, Rio Tinto, Xstrata, Glencore et Anglo American avaient prévu de dépenser 200 milliards de dollars en cinq ans. Une grande partie du montant sera probablement gelé, estiment les analystes de Liberum.

Selon Jefferies, compte tenu des risques actuels, la baisse du secteur n’est peut-être pas achevée. Mais le courtier calcule qu’en appliquant les marges de 2009, lorsque le marché était au plus bas, les groupes miniers devraient se traiter à environ 16 fois leurs prévisions de bénéfices 2012, soit plus du double de leur valorisation actuelle. Un décalage de valorisation qui, s’il devait perdurer, pourrait alimenter les acquisitions dans le secteur.

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