Les émissions de dettes longues et perpétuelles se multiplient
En plaçant le 14 septembre pour un milliard de livres d’obligations à 40 ans, EDF a remis sous le feu des projecteurs les émissions d’entreprises sur des maturités très longues. Le regain d’intérêt des investisseurs pour ce genre de titres s’est matérialisé le même jour pour une autre signature, financière cette fois, Rabobank. Le prêteur néerlandais a réalisé sur le marché américain la première émission de dette senior à 100 ans pour une banque.
Le marché de la dette très longue reste une niche. Si EDF a pu émettre un milliard face à une demande de 1,6 milliard, Rabobank s’est contenté de 350 millions de dollars. Les deux entreprises affichent en outre une notation AAA. Mais dans les deux cas, l’appétit des investisseurs leur a permis de relever la taille initiale des opérations, fixée à 750 millions d’euros et 250 millions de dollars.
Sur de telles signatures, fonds de pension et assureurs sont prêts à s’engager à très long terme, à la fois pour leur gestion actif-passif et pour dégager du rendement. Côté émetteur, la faiblesse des taux en valeur absolue est un avantage. Le coupon de 5,8 % payé par Rabobank à 100 ans équivaut au rendement moyen des emprunts d’Etat américains à 30 ans sur les vingt dernières années.
«Il existe une autre base d’investisseurs pour des titres à 100 ans, celle des hedge funds, ajoute un banquier. Les fonds d’arbitrage peuvent jouer sur la convexité que leur offrent les émissions ultra-longues». La convexité d’une obligation exprime la vitesse des variations de prix du titre en fonction d’une petite variation des taux.
Les obligations corporate perpétuelles connaissent aussi un regain d’activité. En Europe, Scottish & Southern Energy, Suez Environnement et RWE en ont émis ces derniers jours. Des émetteurs émergents, tels l’aciériste brésilien CSN et son compatriote Odebrecht, dans la construction, ont placé des perpétuelles assorties d’options de rachat à 5 ans avec des coupons respectifs de 7% et 7,5%. «Au vu des coupons proposés, on note un gros appétit pour ces émissions de la part d’investisseurs retail et banques privées, en Asie et en Suisse», explique un banquier ayant participé aux placements.
Pour Fitch, ces dettes hybrides «pourraient permettre aux entreprises de gérer un risque de refinancement à venir» en se substituant à de la dette bancaire. Notamment du secteur des utilities, très actif en septembre.
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