Les cabinets d’audit font les frais des négociations entre Pékin et Washington
Voilà les grands cabinets d’audit internationaux pris entre deux feux dans l’affaire des soupçons de manipulations comptables des sociétés chinoises cotées aux Etats-Unis.
Le dossier, qui implique des négociations entre régulateurs nationaux sur la transparence des documents financiers, a pris une nouvelle dimension de par l’ouverture formelle d’une enquête de la SEC à l’encontre des filiales chinoises de cinq auditeurs, à savoir Ernst & Young, PricewaterhouseCoopers, KPMG, BDO et Deloitte. L’autorité américaine des marchés pourrait bien toutefois devoir baisser le ton face aux intérêts diplomatiques entre Pékin et Washington.
Dans le cadre de son enquête pour fraude comptable, la SEC a indiqué étudier les sanctions applicables aux auditeurs pour refus de coopération concernant le cas de neuf émetteurs chinois. Deloitte faisait déjà l’objet d’une enquête depuis l’an dernier concernant un client isolé.
Les accusés, qui seront dans un premier temps convoqués à une audition par un tribunal administratif, crient à l’injustice, expliquant ne pas pouvoir répondre aux exigences des autorités américaines du fait des règles chinoises. Ces dernières interdisent toute communication directe aux gendarmes financiers étrangers. L’issue doit être trouvée «entre les Etats-Unis et la Chine» a clamé PwC.
Mais alors que les Etats-Unis (en l’occurrence l’autorité comptable, le Public Company Accounting Oversight Board, PCAOB) ont conclu avec la plupart des pays des accords de réciprocité, les pourparlers sont en cours avec Pékin. L’annonce de la SEC semble indiquer que ces négociations patinent, quand bien même le PCAOB a de nouveau exprimé hier son optimisme à ce sujet.
Théoriquement, la SEC pourrait aller jusqu’à priver les cabinets d’agrément et les émetteurs chinois d’auditeurs. Une telle décision écarterait par ricochet les sociétés de la cote, l’examen des comptes étant obligatoire. Outre le fait que le zèle de la SEC ne manquerait pas de porter atteinte aux affaires des auditeurs en Chine, les Etats-Unis peuvent difficilement se permettre le luxe d’une désertion des sociétés chinoises de la Bourse.
Interrogé par Reuters, un avocat d’un cabinet américain installé à Pékin estime que pour l’heure 30 à 40 sociétés chinoises ont ouvert le dossier d’une introduction en Bourse aux Etats-Unis.
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