L'échec sur SFR risque de pousser Bouygues Telecom dans les bras d’Iliad

Un mariage avec Free permettrait à Bouygues de revaloriser son opérateur marginalisé et affaibli par un cash-flow anémique
Olivier Pinaud

L’ardeur avec laquelle Martin Bouygues a tenté de faire barrage au rachat de SFR par Numericable était à la hauteur des répercussions négatives sur Bouygues Telecom (BT) que risque d’engendrer ce mariage. Marginalisé derrière Orange et le futur SFR-Numericable, le troisième opérateur français sera toujours aussi vulnérable face aux assauts d’Iliad. «BT est dans une position acrobatique, entre la pression sur les prix dans le mobile, un manque de taille critique dans le fixe et un free cash flow négatif», résument les analystes de la Société Générale.

La direction de Bouygues avait assuré qu’un échec ne remettrait pas en question l’avenir du groupe dans les télécoms. L’option la plus probable serait «un retour au développement opérationnel», appuie Natixis car le rapprochement SFR-Numericable «peut créer quelques opportunités (risque d’exécution, contraintes réglementaires, moindre pression concurrentielle)».

Pour autant, l’agitation de ces dernières semaines a forcément amené le groupe à s’interroger sur le sort de BT, appelé, selon une grande majorité d’analystes, à se rapprocher d’Iliad. Leur convergence d’intérêts à faire échouer le projet SFR-Numericable a réchauffé les relations entre les deux opérateurs. BT a tout intérêt «à trouver un accord aussi vite que possible: l’actuel besoin d’Iliad de disposer d’un réseau mobile et de fréquences additionnelles pourrait aider Bouygues à obtenir un bon prix», élabore la Société Générale. La valeur du réseau de BT va en effet s’estomper au fur et à mesure où Iliad va construire le sien. La perspective de la vente de fréquences par l’Etat en 2016 pourrait aussi pousser au mariage, BT n’étant pas suffisamment armé financièrement pour peser dans des enchères. Bouygues avait déjà dû recapitaliser sa filiale de près de 680 millions d’euros fin 2012 après l’achat de ses fréquences 4G.

Enfin, en faisant monter les enchères sur SFR au-delà du prix envisagé par le marché, Bouygues a indirectement fait remonter la valeur de son opérateur. En appliquant le multiple payé par Numericable pour SFR, soit 7,3 fois l’Ebitda estimé pour 2014, BT vaudrait un peu plus de 5,3 milliards d’euros. Avec les synergies générées par un mariage avec Iliad, Exane BNP Paribas voit un prix de vente autour de 5,7 milliards, quasi le double du prix de BT s’il devait rester seul. De quoi faire réfléchir.

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