Le secteur aérien européen devrait engager une nouvelle phase de consolidation
Alors que la grève des pilotes d’Air France pèse à la fois sur l’attractivité de la France et sur les comptes de la compagnie aérienne – son PDG estime le coût de 10 à 15 millions d’euros par jour – la Coface s’interroge sur la nécessaire transformation du secteur aérien européen, l’un des moins rentables au monde.
Les compagnies européennes sont contraintes au changement pour relever trois principaux défis : accroître la rentabilité, capter la demande, et faire mieux que les nouveaux entrants, explique Guillaume Baqué, économiste à la Coface. D’autant que l’Asie représentera la moitié des classes moyennes mondiales dans cinq ans et les deux tiers en 2030, et que l’élasticité entre augmentation de richesse et trafic aérien est plus forte dans les pays émergents.
La libéralisation du marché aérien, en 1978 aux Etats-Unis et en 1997 en Europe, a entraîné une concurrence féroce entre les acteurs. Avec notamment l’arrivée des acteurs à bas coûts. Depuis 2012 en Europe, la part de marché du low-cost a dépassé celle des transporteurs traditionnels. Ce qui conduit les compagnies historiques à développer leur propre filiale à bas coûts. Air France-KLM essaye de le faire avec Transavia pour les courts et moyens courriers, tandis que Lufthansa veut développer une filiale low-cost long courrier. Certains low-costs, comme Norwegian se sont déjà mis au long courrier.
Aux Etats-Unis, cette libéralisation a provoqué une concentration du secteur, entraînant une restriction des capacités pour réaliser des économies d’échelle, avec un effet positif sur les marges des compagnies, mais négatif pour le consommateur en raison de la hausse des prix.
Avec des rentabilités toujours trop faibles malgré une première vague de consolidation, et pour faire face à la concurrence étrangère, le secteur aérien européen devrait amorcer une nouvelle phase de concentration. Mais sera-ce suffisant? s’interroge l’assureur-crédit. En effet, les compagnies du Golfe se développent très rapidement. Emirates est déjà le premier acteur mondial en termes de passager kilomètre transporté.
Ces sociétés ont des atouts essentiels pour résister : des Etats riches qui peuvent les soutenir en cas de choc conjoncturel; des prix compétitifs sur le business comme sur l’économique pour un meilleur service; et la capacité à former des alliances avec des compagnies européennes, à l’instar de la prise de participation de 49% d’Etihad dans Alitalia.
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