Le marché s’interroge sur la démocratie actionnariale chez Total
La communication de Total avec ses actionnaires a de quoi interpeller le marché. La société de gestion PhiTrust Active Investors a déposé une résolution sur les risques liés aux projets d’exploitation des sables bitumineux du groupe, pour laquelle il disposait, le 17 mars, des engagements écrits de 19 investisseurs pesant 0,905% du capital. Le 23 mars, un des co-déposants, représentant 0,22% s’est retiré. Le même jour, le président de Total assurait PhiTrust que le projet de résolution serait présenté au conseil d’administration du 25 mars. Le dit jour, PhiTrust pensait légitimement avoir 0,684% du capital, mais un autre co-déposant s’était retiré entretemps, sans le prévenir. La résolution de la société de gestion n’étant plus soutenue que par environ 0,48% du capital, sous le seuil légal de 0,5%, n’était donc plus présentable.
Pourquoi deux actionnaires ont-ils ainsi fait volte-face ? Si d’aucuns n’hésitent pas à parler de pression de la part du pétrolier, Total n’était pas joignable pour commenter cette situation. «Je ne serais pas étonnée que les deux actionnaires qui se sont rétractés soient des gestions françaises, filiales de banques de Total, confie Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic. Plus largement, ce refus soulève la question de la gestion des conflits d’intérêts ».
«Si Total refuse les résolutions et le dialogue avec ses actionnaires, il ne peut par ailleurs chercher à obtenir les avantages d’être coté en Bourse !, s’indigne Denis Branche, associé gérant de Phitrust. Nous allons voir quelle suite donner à ce retrait ‘inédit’». En effet, «ce n’est clairement pas une bonne nouvelle pour la démocratie actionnariale, alors qu’au Royaume-Uni le dépôt d’une résolution permet d’amorcer un dialogue», ajoute Anne-Catherine Husson-Traore. D’autant que des résolutions similaires sont déposées et acceptées par les conseils des grands pétroliers anglo-saxons. «En théorie, le conseil d’administration ne devrait pas refuser de présenter une résolution réunissant 0,5% du capital, mais en l’absence de jurisprudence, il demeure un vide juridique dont profitent les émetteurs», poursuit Anne-Catherine Husson-Traore.
L’AG du 13 mai risque d’être agitée : Total fera-t-il l’économie d’explications sur les sables bitumineux ? PhiTrust ou tout autre actionnaire déposera-t-il une question écrite sur le sujet ?
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