Le diesel, boulet de l’automobile allemande
La latitude que les constructeurs automobiles allemands se sont accordée avec la législation sur le diesel dépasse le cas de Volkswagen. Moins médiatisés que le Dieselgate qui empoisonne le premier groupe automobile mondial depuis 2015, les ennuis de Daimler n’en commencent pas moins à peser. En témoigne l’avertissement sur résultats du constructeur haut de gamme dimanche dernier, du fait des coûts des procédures en cours et des mesures exigées par le gouvernement allemand. Daimler est l’un des constructeurs soupçonnés d’avoir installé des logiciels pour manipuler les résultats des tests sur les émissions polluantes – ce que le groupe dément.
Le ministère des Transports a annoncé, samedi, avoir ordonné le rappel de 60.000 véhicules supplémentaires (des Mercedes GLK et des utilitaires Sprinter), après 690.000 rappels en 2018. Ces rappels avaient provoqué des retards dans l’homologation des véhicules de Daimler selon la norme européenne WLTP, dont la mise en œuvre a également plombé BMW (lui aussi contraint de dégrader ses prévisions de résultats en 2018) et Volkswagen dans une moindre mesure.
Pour sa part, après un premier avertissement l’année dernière, Daimler a indiqué une augmentation de «plusieurs centaines de millions d’euros» de ses provisions relatives au sujet diesel. Il anticipe désormais un résultat opérationnel du même ordre en 2019 que celui enregistré en 2018. Le groupe tablait auparavant sur une légère croissance de son résultat opérationnel cette année.
L’ampleur de l’avertissement ayant visiblement surpris, les investisseurs ont sanctionné le titre (-3,75%, à 47,80 euros).
Sans être liée à une manipulation des tests, une autre affaire embarrasse les constructeurs allemands. Selon les conclusions préliminaires d’une enquête, la Commission européenne accuse Daimler, BMW et Volkswagen de collusion dans les technologies de dépollution des émissions. L’affaire a conduit BMW (qui nie toute culpabilité) à passer une provision de 1,4 milliard d’euros dans ses comptes du premier trimestre 2019.
«La multitude d’éléments dits ‘exceptionnels’ suscite des interrogations sur les procédures, le management du système d’information et, en définitive, la responsabilité de la direction. A un moment donné, lorsque les éléments exceptionnels deviennent la norme, la crédibilité en souffre», explique Evercore ISI. Des remises en cause similaires avaient visé BMW après la publication de ses comptes trimestriels. Les constructeurs allemands risquent de voir ce sentiment se diffuser et s’ancrer.
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