«Sur le rapport Draghi, le plus dur reste à faire», alerte l’Institut Montaigne
Si l’Union européenne (UE) ne change pas, elle risque «une lente agonie». Tel était le constat, malheureux mais lucide, que dressait Mario Draghi, l’ex-président de la Banque centrale européenne (BCE), lorsqu’il a remis, en septembre 2024, son rapport sur la compétitivité européenne, contenant quelque 560 recommandations pour enrayer le décrochage face aux Etats-Unis et aux géants de l’Asie de l’Est. Plus de dix-huit mois plus tard, où en est l’UE ? Selon une note de l’Institut Montaigne, think tank libéral, publiée ce jeudi 25 juin, 30 % des recommandations de Mario Draghi ont été appliquées.
Ce chiffre, optimiste, masque un obstacle de taille. «Le plus dur reste à faire», explique Marie-Pierre de Bailliencourt, directrice générale de l’Institut Montaigne, en introduction de la note. En réalité, ces 30 % correspondent aux réformes les plus simples à mettre en place sur le plan juridique : seuls 3 % des plus ambitieuses ont trouvé une application pleine et entière. «L’ambition n’est pas encore au rendez-vous. Agir conjointement à vingt-sept exige un niveau de confiance et de souplesse qui fait toujours défaut aux Etats membres», soutient Marie-Pierre de Bailliencourt.
Plus de la moitié des recommandations appliquées dans les 12 prochains mois ?
En examinant le calendrier passé et futur, l’Institut Montaigne constate que la Commission a respecté les délais imposés. «Une nouvelle doctrine de droit de la concurrence a émergé, une réforme du marché de l'électricité a été amorcée, de nouveaux outils communs de sécurité économique sont désormais sur la table et l’idée d’une préférence européenne des achats fait son chemin. Ce n’est pas rien», résume la directrice générale de l’Institut Montaigne.
Dans son rapport, l’ancien président de la BCE identifiait un «défi existentiel» pour l’UE, qu’il a structuré en cinq parties : l’accélération de l’innovation, une stratégie coordonnée en matière de compétitivité et de décarbonation, une sécurité accrue et une réduction des dépendances, une impulsion soutenue en faveur de l’investissement, et une gouvernance plus intégrée.
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Selon l’Institut Montaigne, au vu des négociations en cours, l’UE pourrait franchir, dans les douze prochains mois, le seuil symbolique des 50 % de recommandations appliquées. «Le taux de mise en œuvre de 30 % peut surprendre, mais l’impression générale d’une absence de mise en œuvre est tout simplement fausse», estime le think tank libéral.
Le rapport Draghi déjà dépassé par « l’accélération du monde » ?
Pour autant, il convient de ne pas relâcher les efforts, la compétitivité européenne n’ayant cessé de se dégrader depuis la publication du rapport. La Commission s’apprête à appliquer les deux tiers des recommandations, c’est-à-dire celles qui ne nécessitent pas de consensus à l'échelle de l’UE.
Mais la suite dépend désormais des gouvernements des pays membres, qui doivent valider les mesures les plus significatives. «Celles plus substantielles encore, touchant à la répartition des pouvoirs et des prérogatives entre le niveau de l’UE et les Etats membres, telles que l’engagement commun en matière de dette ou la réduction du champ d’application du droit de veto des Etats membres, n’ont fait l’objet d’aucune mise en œuvre», explique l’institut, qui estime que «la balle est dans le camp des Etats membres». Restent-ils à convaincre ?
Emmanuel Macron, lui, s’est montré assez critique le 8 janvier 2026 : «Au fond, le rapport Draghi que nous n’avons pas tout à fait appliqué, il est déjà caduc, pour partie.» Le président considère en effet qu’entre la croissance de la Chine et la guerre tarifaire de Donald Trump vis-à-vis des Européens, le rapport Draghi «n’avait pas pris en compte cette accélération du monde».
Ainsi, le think tank estime que «la phase décisive de la mise en œuvre du rapport Draghi pour l’Europe ne fait que commencer et devrait se prolonger jusqu'à l’année prochaine» et appelle l’UE à se doter «d’une méthode pour aller plus vite et plus loin, quitte à ce que dans un premier temps cela ne se fasse pas à 27». Une conclusion radicale, mais qui a le mérite de vouloir lever les barrières face au déclin «existentiel» européen.
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