« Le débat sur les sanctions de l’Antitrust pourra s’ouvrir dès l’instruction »
L’AGEFI : Dans quelle mesure le communiqué de l’Autorité de la concurrence permettra-t-il de changer les pratiques antérieures ?
MELANIE THILL-TAYARA : En permettant aux entreprises d’avoir accès, dès le stade de l’instruction, aux éléments susceptibles d’influer sur le montant de la sanction financière, l’Autorité ouvre la possibilité d’un débat contradictoire bien plus en amont de la procédure que cela n’était le cas auparavant, où ces éléments ne faisaient l’objet d’une discussion que lors de la séance orale. Si, en revanche, la possibilité de produire des études économiques est aujourd’hui expressément reconnue par l’Autorité, on ne peut qu'être interpellé par le fait que la formulation du communiqué semble suggérer qu’il appartient à l’entreprise de faire valoir en premier lieu les éléments économiques, alors que la logique voudrait que l’entreprise réponde aux arguments qui lui sont opposés par l’Autorité.
Quelles conséquences les entreprises peuvent-elles en attendre ?
La méthodologie proposée, qui établit un montant de base des sanctions compris entre 0 et 30% de la valeur des ventes des produits ou services concernés par l’infraction, avec un seuil plancher de 15% pour les infractions les plus graves, pourrait entraîner une augmentation sensible du montant moyen des amendes qui excédait jusqu’ici rarement 5% du chiffre d’affaires. On ne peut donc exclure le risque d’une surenchère dans les demandes de clémence, liées à la dénonciation des faits par l’une des parties prenantes. La communication par l’Autorité des principaux aspects de sa pratique décisionnelle devrait néanmoins participer à une prise de conscience plus aiguë du respect des règles de compliance internes à l’entreprise.
Pourquoi les appels d’offres ont-ils été traités différemment ?
A moins de relever d’une infraction complexe et continue, l’appel d’offres présente un caractère instantané qui demande à être apprécié de façon plus fine qu’à travers la valeur des ventes. Chaque appel d’offres est en effet considéré par les autorités de la concurrence comme un marché spécifique. En décidant d’appliquer un coefficient au chiffre d’affaires total réalisé en France par l’entité concernée, l’Autorité sort du cadre général de sa méthode afin de se réserver une marge de manœuvre plus large pour sanctionner les infractions constatées sur ce type d’opérations.
{"title":"","image":"77099»,"legend":"MELANIE THILL-TAYARA»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
AllianzGI excède largement l'objectif de levée de son nouveau fonds de dette infrastructure
Le gérant boucle Allianz Infrastructure Credit Opportunities Fund II à 1,5 milliard d'euros d'engagements, à comparer à un objectif initial de 1 milliard, et prépare un prochain millésime. -
Cinven mise sur la santé féminine en rachetant Theramex pour 2,6 milliards d'euros
Actionnaires du laboratoire depuis 2022, PAI Partners et Carlyle le cèdent pour une valorisation près de deux fois supérieure à leur prix d'entrée. Theramex vise désormais le premier rang mondial de la santé féminine, segment longtemps négligé par les grands laboratoires. -
Les femmes conseillères en gestion de patrimoine font trop peu le pari de l'indépendance
Les femmes sont encore trop peu représentées dans le secteur du conseil patrimonial, particulièrement en tant que dirigeantes de cabinets. Une sous-représentation qui peut s'expliquer par leurs craintes de se lancer en indépendantes.
ETF à la Une
HSBC AM cote un ETF Ucits exposé au secteur chinois de la robotique
- Les salariés des caisses régionales du Crédit Agricole obtiennent près de 2,2% d’augmentation
- La Société Générale fait son retour vers les futures
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- 2CRSI n’arrive pas à se remettre d’une attaque d’activiste
- La Société Générale poursuit sur sa lancée avec de nouveaux résultats records
Contenu de nos partenaires
-
Cyberattaque des réfrigérateurs : comment les objets connectés sont devenus la nouvelle cible des pirates
La Suède, le Luxembourg et la Belgique ont été touchés lundi par une cyberattaque ciblant des réfrigérateurs de supermarchés. Un événement qui rappelle celui qu’a vécu la France le 12 octobre et qui met en lumière l’angle mort de la cybersécurité : les objets connectés. -
In folioLittérature : voir Venise et dépérir
John Banville signe avec Brumes sur Venise un roman-jeu, presque un pastiche, dans une ambiance à la Henry James qui tourne au conte policier à la Highsmith, voire au scénario machiavélique à la Hitchcock -
Avec « Gouverner », Jordan Bardella parviendra-t-il à battre ses anciens records de vente ?
Après une autobiographie et une analyse de la « France de l’effort », ce mercredi, le président du Rassemblement national publie son troisième livre aux airs de programme gouvernemental.