L’avenir du nucléaire français passe par le démantèlement de Fessenheim
Emmanuel Macron doit prendre, dans trois semaines, une décision clé de son mandat : dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), il écrira la feuille de route du pays en la matière dans les dix ans qui viennent.
L’avenir du nucléaire en dépendra, et dans cette perspective, EDF ne doit pas se tromper de combat.
Dans la loi de transition énergétique, la France s’est engagée à réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 à 50 %.
Devant la difficulté à changer de modèle énergétique, il est déjà acquis que cet objectif ne sera pas atteint en 2025 comme prévu, mais des années plus tard. L’horizon dépendra du rythme du déclin qui sera finalement assigné à EDF.
Pour retarder l’échéance, l’électricien ne manque pas d’arguments. Le parc nucléaire n’est ni assez pléthorique ni dans un tel état qu’on puisse en ferme des pièces comme de vulgaires centrales au gaz ; et il y a la question du relai que doit être l’EPR, en sempiternel chantier à Flamanville.
EDF demande donc que le démantèlement des centrales ne commence qu’à la fin de la prochaine décennie et qu’un deuxième EPR soit programmé.
Le problème est que ce plaidoyer ignore une variable capitale : l’état d’esprit de l’opinion.
Celle-ci a longtemps été acquise au nucléaire, source d’énergie fiable et bon marché, et pour cette raison peu réceptive aux arguments écologiques.
Plus maintenant : désormais, plus d’un Français sur deux se dit hostile à cette forme d’énergie.
La tragédie de Fukushima et la baisse rapide du coût des énergies renouvelables expliquent en partie ce retournement, mais pas seulement : leur méfiance vient aussi de la crainte que le vrai coût du nucléaire soit à venir, dans l’arrêt puis le démantèlement des centrales.
Arrêter Fessenheim, quelles conséquences sur l’environnement, du site même et au-delà, et quelles conséquences, financières et sociales ?
A trop jouer la montre, EDF fait fausse route : plus vite il saura répondre à ces questions, plus vite les procès, mauvais ou bons, faits à l’entreprise trouveront leur réponse, et plus vite l’opinion pourra relativiser le danger de cette échéance et redécouvrir les vertus d’une énergie décarbonée.
Fermer et démanteler Fessenheim pourrait dès lors, pour reprendre la formule churchillienne, « ne pas être le commencement de la fin mais la fin du commencement » pour le nucléaire.
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