L’autorité de la concurrence britannique veut bousculer les Big Four
La Grande-Bretagne pourrait bousculer les habitudes des Big Four de l’audit (KPMG, Deloitte, PwC et Ernst & Young). L’autorité de la concurrence a soumis à consultation des propositions pour obliger les entreprises à changer plus souvent de commissaire aux comptes. Le projet intéressera les législateurs européens qui doivent approuver une réforme du marché de l’audit.
L’autorité justifie sa démarche au nom de l’intérêt des actionnaires. Selon elle, «même si la plupart du temps les audits sont conduits de manière diligente», les commissaires aux comptes, soucieux de préserver leurs clients, peuvent se montrer trop bienveillants envers eux. Ce défaut d’indépendance prendrait racine dans le manque de concurrence entre cabinets. En Grande-Bretagne, l’immense majorité des entreprises font contrôler leurs comptes par les Big Four. Et même si elles ne sont censées engager les cabinets que pour un an, 20% des entreprises du FTSE 250 ont eu le même auditeur pendant plus de 20 ans et 67% pendant plus de 10 ans.
Pour les obliger à changer d’auditeurs et à abaisser les barrières à l’entrée pour les plus petits cabinets, l’autorité britannique propose d’imposer la rotation des cabinets, tous les 7 ans, 10 ans ou 14 ans. La Commission européenne a, de son côté, proposé de faire tourner les cabinets au bout d’une période de 6 ans, étendue à 9 ans en cas d’audit conjoint. L’autorité britannique précise que l’obligation de rotation pourrait être modulée si sont également imposés des appels d’offres pour sélectionner les cabinets. Ces derniers devraient être menés tous les cinq à sept ans. L’antitrust voudrait aussi interdire toutes les clauses dans les prêts bancaires qui forcent le recours à un représentant des Big Four.
Par ailleurs, l’autorité suggère de renforcer les prérogatives du comité d’audit, en matière d’audit externe, aux dépens de celles du directeur financier. Elle aimerait que les actionnaires puissent voter pour choisir les auditeurs. Une autre piste est de renforcer les obligations de reporting. Les commissaires aux comptes français, ardents défenseurs du co-commissariat, noteront avec dépit que l’autorité britannique a écarté cette solution qui serait à ses yeux source de complications et de coûts. Elle n’a pas non plus souhaité limiter les services de conseil fournis par les cabinets. La consultation est ouverte jusqu'à mi-mars. L’antitrust à jusqu'à la fin octobre pour rendre ses conclusions.
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