L’antitrust douche les espoirs d’une vente de Fraikin
Confirmant la tendance actuelle, une autorité antitrust a encore fait échouer un projet d’acquisition. L’Autorité de la concurrence française, par ses exigences, a amené le groupe de location de camions frigorifiques Petit Forestier à abandonner les négociations exclusives pour acquérir Fraikin, société contrôlée par les fonds CVC Capital Partners (à 69%) et Eurazeo (à 17%).
Alors que ses homologues espagnole et polonaise avaient validé la transaction, «l’Autorité de la concurrence, ne partageant pas la vision du marché défendue par Petit Forestier, a exigé des engagements structurels. Petit Forestier a ainsi proposé des mesures significatives […]. Toutefois, l’Autorité a estimé que ces remèdes étaient insuffisants», regrettait hier le prétendant dans son communiqué. Le groupe sous-entend que les demandes de l’autorité auraient provoqué le démantèlement du réseau de Fraikin, ce qu’il voulait absolument éviter.
L’antitrust français, qui venait d’ouvrir une phase d’examen approfondi, estime en effet que «l’opération aurait abouti à la constitution d’un quasi-monopole» avec, estime l’autorité, 90% du marché de la location longue durée de véhicules industriels frigorifiques en France. Ce qui faisait craindre aux acteurs consultés (clients, fournisseurs, concurrents) un risque de hausse des prix pour les clients. Les concessions de Petit Forestier sont jugées «très insuffisantes» par l’autorité, après la réalisation d’un test de marché.
«Ils ne partageaient pas la même vision du marché. Celle de Petit Forestier, plus large, incluait les nouveaux intervenants comme les activités de leasing des banques et des constructeurs automobiles», confie un proche. On peut toutefois s’interroger sur le manque de clairvoyance de Petit Forestier - qui n’a pas souhaité répondre à L’Agefi. Si les parts de marché cumulées atteignaient les proportions calculées par l’autorité, il aurait paru difficile que celle-ci n’y voie rien à redire. Une consultation préalable à l’annonce de l’offre, le 29 juin, aurait probablement donné des indices à l’acquéreur.
L'échec est surtout handicapant pour Fraikin, plus fragile que son concurrent. Sous LBO, fortement endetté, il a particulièrement souffert des crises financières et de la zone euro. Fraikin rebondit timidement depuis 2015 (+2% de revenus par rapport à 2014, soit 656 millions d’euros) ; selon une source proche, il affiche une croissance de 3,1% en 2016. Selon cette source, CVC et Eurazeo travaillent en ce moment même à un refinancement de la dette de Fraikin.
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