L’affaire Lactalis illustre les faiblesses des règles de publication des comptes
Le scandale Lactalisa mis en lumière la nécessité de faire respecter les lois. Comme toute société par actions, elle est tenue de déposer au greffe du tribunal «les comptes annuels, le rapport de gestion, le rapport des commissaires aux comptes…», selon le Code de commerce. Ce que ne fait pas le groupe laitier.
En l’absence de publication, «l’ancien système, qui prévoyait seulement une amende forfaitaire de 1.500 euros, voire de 3.000 euros en cas de récidive, n’était pas vraiment dissuasif, rappelle Véronique Bruneau-Bayard, avocat chez CMS Francis Lefebvre Avocats. En revanche, la possibilité offerte par la loi Sapin 2 au président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires de saisir le président du Tribunal de commerce pour qu’il prononce une injonction sous astreinte d’un montant maximum de 2% du chiffre d’affaires journalier moyen hors taxes réalisé en France par jour de retard change la donne». Une procédure mise en œuvre dès la fin mars 2017 par l’Observatoire dans le dossier Lactalis… mais sans succès. Lactalis a déclaré la semaine dernière être prêt à dialoguer avec l’Observatoire, mais pas à publier ses comptes en raison de «problèmes de confidentialité».
Mi-décembre, Richard Ramos, député MoDem, avait déposé un amendement pour simplifier la procédure, en permettant au président du Tribunal de commerce d’adresser directement une injonction à la société qui n’a pas déposé ses comptes. «Ce dispositif ne s’appliquerait toutefois qu’en cas de manquement répété aux obligations relatives au dépôt des comptes, afin de laisser aux intéressés un ‘droit à l’erreur’ en la matière», précise l’amendement. L’Assemblée nationale a rejeté jeudi dernier cet amendement. Le rapporteur, Stanislas Guerini, a renvoyé le débat à l’occasion de la loi qui suivra les Etats généraux de l’alimentation. «Cet amendement devrait donc revenir dans le futur projet de loi sur l’agriculture, ajoute Véronique Bruneau-Bayard. En revanche, il est difficile de concevoir qu’un texte revienne en arrière en restreignant une partie de la communication au nom du secret des affaires.»
Par ailleurs, la gouvernance deLactalisest à revoir, avec un président du conseil de surveillance, Emmanuel Besnier, qui semble se comporter comme un PDG. «On en vient à se demander si le conseil de surveillance joue véritablement son rôle», note le professeur de droit, Bruno Dondero sur son blog.
Plus d'articles du même thème
-
L’assistance rendue nécessaire par l'état d'incapacité d'un époux relève des dépenses de la communauté
Dans une affaire récemment jugée, la Cour de cassation se prononce sur l’indemnisation d’un ex-conjoint aidant, marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, sur le terrain de l’enrichissement sans cause. -
Le régulateur suisse épingle les gestionnaires de fortune pour la commercialisation des certificats activement gérés
Cette mise en garde intervient après une hausse des signalements constatée en 2025 à l’encontre des intermédiaires, certains dossiers s’étant soldés avec des pertes importantes pour les clients. -
EXCLUSIFL’AMF s’apprête à clarifier les obligations des sociétés de gestion en matière de rémunération des distributeurs
Après plusieurs mois d’incertitude, les sociétés de gestion pourraient bientôt y voir plus clair. Le régulateur prépare une clarification des obligations de contrôle afin de sécuriser le versement de commissions aux distributeurs.
ETF à la Une
WisdomTree dévoile un ETF sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle
- Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale change de directeur général
- Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
- L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
- Le commissariat aux comptes séduit plus que jamais les jeunes générations
- Le Crédit Agricole crée une société dédiée à l'IA pour y concentrer ses efforts
Contenu de nos partenaires
-
« Guerre de l’IA » : la France dira-t-elle merci aux Etats-Unis ?
C'est le miracle du week-end. En coupant l'accès aux puissants modèles d'Anthropic, Donald Trump a mis tous les candidats à la présidentielle d'accord : la souveraineté numérique est essentielle. -
Alignement des planètesComment le Pakistan a réussi à jouer les médiateurs entre l'Iran et les Etats-Unis
Islamabad a su mettre à profit sa position géopolitique et sa stratégie de rapprochement avec ses voisins, à l'exception de l'Inde, pour construire un compromis acceptable par Washington et Téhéran -
Dis, quand reviendras-tu ?Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, histoire d'une rivalité
En confiant à deux reprises la tête de liste aux européennes à un philosophe non encarté, le premier secrétaire du PS a fabriqué son principal concurrent pour l'élection présidentielle de 2027. Récit d’une relation passée de la fraternité à la discorde