L’affaire Espirito Santo menace la fusion entre Portugal Telecom et Oi
L’onde de choc provoquée par l’affaire Espirito Santo au Portugal se propage bien au-delà de la sphère financière. La révélation en juin d’une enquête pour irrégularités comptables au sein des holdings luxembourgeoises d’Espirito Santo Group fait chanceler le projet de rapprochement déjà compliqué entre Portugal Telecom et l’opérateur brésilien Oi.
En fin de semaine dernière, la direction du groupe brésilien a demandé à son homologue portugais de lui fournir plus d’informations sur le risque financier encouru par Portugal Telecom dans l’affaire Espirito Santo.
L’opérateur historique portugais est exposé à double titre. Au capital tout d’abord. Portugal Telecom détient 2% du groupe Espirito Santo tandis que la banque contrôle 10% de l’opérateur. En cas de besoins de liquidités, Espirito Santo pourrait être tenté de céder des participations. La seconde exposition est plus dangereuse encore. Portugal Telecom, via ses filiales PT International Finance et PT Portugal SGPS, détient 897 millions d’euros de billets de trésorerie émis par Rioforte, une holding d’Espirito Santo. Cette dette arrive à échéance les 15 et 17 juillet prochains et rien ne dit que Rioforte pourra l’honorer. Or, en plus des soupçons de conflits d’intérêts que l’opération soulève, ces 897 millions d’euros représentent à eux seuls 40% de la capitalisation boursière actuelle de Portugal Telecom. A cette somme s’ajoutent 128 millions d’euros de dépôts chez Espirito Santo.
Oi, dont deux représentants ont démissionné du conseil d’administration de Portugal Telecom, reproche à son partenaire portugais de ne pas l’avoir informé de ces placements risqués, impliquant 38% de la trésorerie disponible du groupe à fin mars. La direction de Portugal Telecom explique que cet investissement, qui devait rapporter 3,6%, a été réalisé en avril dernier alors que l’opération de rapprochement avec Oi n’était pas encore bouclée.
La perte de cette créance contraindrait le futur ensemble Oi-Portugal Telecom à passer une dépréciation représentant environ la totalité du bénéfice net estimé pour 2014, indiquent les analystes de Citi. De quoi chambouler les termes négociés entre les deux groupes et faire échouer la fusion. Les autorités de marché portugaise et brésilienne se sont saisies de l’affaire.
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