Lafarge cherche à regagner la confiance du marché en se désendettant
A grands maux, grands moyens. Avec une dette nette de 16,9 milliards d’euros fin 2008, soit un ratio d’endettement net sur capitaux propres de 115%, et des CDS à 5 ans qui ont atteint les 1.100 points de base en décembre dernier, Lafarge (-2,42% à 35,93 euros) tente de rassurer le marché en annonçant un plan d’action de 4,5 milliards d’euros en 2009. Un programme en trois volets.
Premier moyen d’action, des mesures opérationnelles pour 1,6 milliard d’euros. Lafarge vise à la fois : des réductions structurelles de coûts pour 200 millions d’euros, contre 120 millions prévus initialement; une réduction de 200 millions des investissements, à moins de 1,8 milliard, soit une chute de 40% par rapport à 2008; une réduction du besoin en fonds de roulement pour générer au moins 200 millions d’euros de cash flow additionnel ; et un accroissement du plan de désinvestissement d’au moins 1 milliard (soit 2% des actifs du groupe), après 615 millions réalisés en 2008. «Tout est à l’étude», précise Bruno Lafont, PDG de Lafarge.
Deuxième axe, l’appel aux actionnaires. D’une part, Lafarge va lancer une augmentation de capital de 1,5 milliard d’euros avec droit préférentiel de souscription (DPS). Ses actionnaires de référence se sont engagés à souscrire à hauteur de leur participation, soit 21% pour Groupe Bruxelles Lambert et 14% pour NNS Holding. Le solde est d’ores et déjà garanti par un panel de banques. Les actionnaires seront appelés à approuver cette augmentation lors d’une AGE le 31 mars. D’autre part, Lafarge réduit le dividende de 400 millions d’euros, à 2 euros par action (contre 4 euros l’an dernier), soit un rendement de 5,6%.
Troisième levier, le soutien des banques. Lafarge vient d’obtenir un nouveau crédit bancaire de 1 milliard d’euros pour une durée de deux ans. Un prêt obtenu «avec une marge de 300 points de base (pb) au-dessus des mid-swaps», précise Jean-Jacques Gauthier, directeur général adjoint, chargé des finances. Un prix que Lafarge n’aurait jamais pu obtenir sur les marchés obligataires au regard du niveau de ses CDS, avec vendredi des CDS 5 ans à 740 pb, soit une probabilité de défaut de 43,1%.
En effet, le mois dernier, les agences avaient réduit leur note sur Lafarge à «BBB-» pour S&P et «Baa3» pour Moody’s, avec perspective négative pour les deux. Or, les «BBB» ont émis sur le marché obligataire depuis le début de l’année avec des spreads de plus de 500 pb, note Barclays Capital. Pour autant, Lafarge compte bien revenir sur le marché obligataire cette année, dès que les conditions seront meilleures. La position financière du cimentier est aussi renforcée par 1,6 milliard d’euros de cash et 2,1 milliards d’euros de lignes de crédit disponibles d’une maturité moyenne de plus de trois ans.
De plus, le cimentier compte procéder avant fin juin au remboursement des tranches A1/A2 du crédit d’acquisition d’Orascom, soit 2,6 milliards d’euros. Par cette opération, Lafarge verra disparaître toute convention bancaire sur sa dette, et affiche un échéancier de la dette plus équilibré (voir graphique). D’ailleurs, le groupe compte réduire «significativement» sa dette cette année et se fixe de retrouver très rapidement une notation «BBB». Autre objectif pour Lafarge, retrouver un ratio cash-flow sur dette nette supérieur à 25%, contre 18,7% fin 2008.
«Le groupe s’adapte», reste le maître mot de Bruno Lafont. Alors que Lafarge subit la crise économique de plein fouet, il mise sur les différents plans de relance étatiques, qui portent largement sur le secteur de la construction et sur les projets d’infrastructures. «L’impact sera significatif en 2010, probablement plus limité en 2009», explique Bruno Lafont. Le cimentier mise aussi sur deux atouts, ses produits à valeur ajoutée (en hausse au quatrième trimestre dans les marchés développés), et son portefeuille géographique, les marchés émergents représentant désormais 46% de son chiffre d’affaires (37% en 2007) et 60% de son résultat d’exploitation courant (46% en 2007).
Sur l’ensemble de ses marchés, Lafarge anticipe une baisse de 0 à 3% de ses volumes de ciment en 2009, baisse qui pèsera sur ses marges, mais mise sur une hausse des prix. Un recul des volumes est attendu de 10% à 15% sur les marchés d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord.
En 2008, le résultat net (hors exceptionnels) de Lafarge a crû de 3% à 1,7 milliard d’euros pour un résultat d’exploitation courant de 3,5 milliards (+9%) et un chiffre d’affaires de 19 milliards (+8%). La marge opérationnelle a même progressé de 0,2 point à 18,6%. Toutefois, au quatrième trimestre, cette marge a chuté de 2,3 points à 16,2% (23,7% pour le ciment, 7,3% pour les granulats & béton, et –1,1% dans le plâtre).
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