La folie des grandeurs de Rosneft divise les agences de notation
Rosneft est-il la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf? Telle est la question qui divise les agences de notation. S&P a annoncé cette nuit avoir relevé la perspective de la note BBB- du groupe pétrolier russe à positive suite à l’annonce du rachat des parts de BP et du consortium russe AAR dans TNK-BP, dont la perspective de notation a elle aussi été portée à positive. Plus tôt, Moody’s et Fitch avaient prévenu hier qu’elles pourraient abaisser les notes Baa1 et BBB attribuées au géant russe. «La hausse attendue du levier d’endettement pourrait peser plus lourdement sur le groupe que les bénéfices opérationnels attendus de l’opération» explique Fitch.
Un «split rating» qui traduit les incertitudes entourant les conditions de financement du rachat de TNK-BP qui n’ont pas été communiquées. La transaction implique un versement total de 45 milliards de dollars en numéraire qui devront être en partie apportés par un recours à l’endettement, en plus des 6,1 milliards de dette ajustée de TNK-BP à assumer dans le bilan. Le Wall Street Journal estimait mardi que Rosneft aurait assuré auprès d’un pool de 13 établissements bancaires internationaux le financement de 15 milliards des 17,1 milliards payables en numéraire à BP pour le rachat de ses 50%.
«Nous attendons plus d’informations sur la dette contractée par Rosneft et sur la structure du financement» indique Moody’s. S&P estime que l’opération devrait porter le ratio de dette sur Ebitda à 3 fois, dans le cas d’un prix du baril de pétrole à 80 dollars. «Si le prix du pétrole baissait, la pression sur la dette augmenterait» s’inquiète Moody’s. Le président de Rosneft s’est engagé à des cessions d’actifs non stratégiques pour financer l’opération et a chiffré les synergies entre 3 et 5 milliards. S&P estime les actifs de Rosneft à 3,1 milliards et sa trésorerie à 4,2 milliards.
Pourtant, même si Rosneft est coté à la fois à Moscou et à Londres, difficile de ne pas voir l’ombre du Kremlin planer sur le groupe. Moscou détient 75% de Rosneft, dirigé par Igor Setchine, ami de Vladimir Poutine. Dans ce contexte, S&P explique qu’elle pourrait augmenter d’un cran la note de Rosneft «dans le cas d’une probabilité d’un soutien extraordinaire du gouvernement à une entité élargie qui viendrait plus que compenser l’impact négatif de la transaction sur le profil financier de Rosneft». Un soutien ambigu alors que Moscou cherche à convaincre de son engagement fort à mener à bien son programme de privatisation.
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