La filière des énergies renouvelables traverse des turbulences
Epargné par la crise économique et sanitaire en 2020, le secteur des énergies renouvelables fait désormais face à des accrocs boursiers et industriels. Alors qu’il avait prévu de se coter à Madrid vendredi prochain, le producteur indépendant Opdenergy a fait savoir mercredi qu’il préférait repousser son introduction en Bourse en raison de «conditions de marché difficiles en général et pour les sociétés d'énergies renouvelables», selon le bref communiqué envoyé au gendarme boursier espagnol (CNMV). Grâce à cette opération conduite par Banco Santander et Citigroup, il comptait lever entre 375 et 425 millions d’euros afin de financer de nouveaux projets éoliens et solaires lui permettant de multiplier par six sa capacité de production renouvelable d’ici à 2026. Il a conclu le mois dernier avec BBVA un accord de financement de 500 millions d’euros qui contribuera également à l’atteinte de cet objectif.
Ce report est lié au revers rencontré la veille par son compatriote Ecoener lors de sa première séance de Bourse. L’énergéticien, qui avait pourtant fixé son prix d’introduction à 5,90 euros, au plus bas de la fourchette initialement envisagée, a vu son titre chuter de plus de 15% mardi en clôture. Le directeur général, Luis de Valdivia, a néanmoins exprimé sa confiance dans la capacité du marché à «reconnaître la valeur à moyen terme» de l’entreprise, en soulignant qu’elle disposait d’une base solide d’investisseurs connaissant bien le secteur. Début avril, Capital Energy avait déjà renoncé à son projet d’IPO en raison de l’abondance de ces opérations et d’une volatilité accrue des titres du secteur des énergies renouvelables. La capitalisation boursière de l’espagnol Solaria a ainsi chuté de 30% depuis début de l’année et celle du français Neoena plongé de 38%.
Des interrogations sur d’autres projets d’IPO
Ces déboires sont de mauvais augure pour d’autres IPO de taille plus importante attendues dans ce secteur en Europe. Le conglomérat industriel espagnol Acciona a confirmé mi-avril son intention de mettre en Bourse sa filiale Acciona Energy, ce qui pourrait valoriser cette entité 8 milliards d’euros. De son côté, le pétrolier Repsol hésite encore entre une cotation de son activité renouvelable et une alliance avec un partenaire. Si cette désaffection perdure, l’italien Eni, qui envisage une mise en Bourse de sa nouvelle division d’énergie renouvelable l’an prochain, pourrait également être incité à revoir ses projets.
En amont de la filière, des problèmes d’approvisionnement ont pesé sur l’activité du danois Vestas au premier trimestre 2021. Le fabricant d’éoliennesa fait état mercredi d’un creusement de sa perte d’exploitation courante, passée de 54 millions à 71 millions d’euros d’un an sur l’autre, alors que les analystes tablaient en moyenne sur un bénéfice de 52 millions. Son chiffre d’affaires a reculé de 12% à 1,96 milliard d’euros en rythme annuel. «Des difficultés logistiques et des goulets d’étranglement dans la chaîne d’approvisionnement ont été amplifiés par des restrictions liées au Covid-19 sur des marchés stratégiques et par des facteurs exceptionnels, ce qui a pénalisé notre rentabilité d’exploitation d’un an sur l’autre», a commenté le directeur général, Henrik Andersen.
Une prudence accrue pour Siemens Gamesa
Malgré une pression concurrentielle accrue émanant en particulier de l’américain General Electric, le groupe danois espère être en mesure de compenser ce mauvais début d’année et il a donc maintenu sa prévision d’un chiffre d’affaires compris entre 16 milliards et 17 milliards d’euros pour l’ensemble de l’exercice. Après avoir plus que doublé en 2020, l’action a reculé de 13,5% depuis le 1er janvier dernier.
De son côté, l’allemand Siemens Energy, présent à la fois dans les énergies fossiles et non fossiles, affiche une prudence accrue en visant désormais pour l’exercice finissant le 30 septembre prochain une croissance de son chiffre d’affaires consolidé comprise entre 3% et 8%, contre une fourchette de 2% à 12% précédemment communiquée. Concernant Siemens Gamesa, sa filiale cotée dans les renouvelables, le groupe table sur des revenus annuels en hausse de 8% à 11%, contre une borne haute de 18% auparavant indiquée.
«Nous révisons en baisse de 7% notre prévision de bénéfice par action (BPA) pour Siemens Gamesa en 2021 afin de tenir compte du retard de certains projets ayant entraîné une perspective de chiffre d’affaires plus conservatrice», ont indiqué les analystes de Credit Suisse. Ils ont également abaissé de 17% leur prévision de BPA pour 2022 en misant sur une augmentation du coût des achats qui sera répercutée à hauteur de seulement 50% dans le prix de vente.
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