La chute du régime libyen pourrait rebattre les cartes du pétrole dans ce pays
Principal producteur étranger en Libye jusqu’en février dernier, l’italien Eni a fait son retour dans le pays hier, alors que les rebelles qui saluaient la fin du régime de Mouammar Kadhafi prévenaient certaines sociétés pétrolières étrangères qu’elles risquaient de perdre des contrats pour n’avoir pas soutenu l’opposition. «Nous n’avons pas un problème avec les pays occidentaux comme les entreprises italiennes, françaises et britanniques. Mais nous pouvons avoir quelques problèmes politiques avec la Russie, la Chine et le Brésil», a déclaré Abdeljalil Mayouf, directeur de l’information de la compagnie pétrolière pro-rebelles AGOCO.
Selon le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini, des employés d’Eni sont arrivés sur place pour superviser un redémarrage des installations pétrolières dans l’est du pays, même si les combats se poursuivaient dans la capitale. Total a de son côté indiqué qu’il suivait «avec attention» la situation en Libye pour évaluer à quel moment ses activités pourraient reprendre.
Les spécialistes du secteur estiment que ces deux groupes pourraient émerger comme les grands gagnants de la nouvelle donne dans ce pays, du fait du soutien important dont ont fait preuve Rome et Paris à l'égard des rebelles. Outre l’aide aérienne apportée, la France a ainsi reconnu avoir livré des armes aux insurgés. Un voyage de Nicolas Sarkozy en Libye aura lieu quand les conditions le permettront, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, mais le président de la République a invité à venir à Paris dès demain mercredi Mahmoud Djibril, premier ministre du Conseil national de transition (CNT).
La chute du régime libyen est également susceptible d’ouvrir les plus grandes réserves pétrolières d’Afrique à de nouveaux concurrents, comme la compagnie nationale du Qatar ou la société de négoce international Vitol. Quant aux groupes américains comme ConocoPhilips ou Marathon plus en retrait, ils essaient «de déterminer qui dirige ce pays», juge un consultant occidental.
Il pourrait falloir jusqu'à un an pour relancer la production libyenne à au moins un million de barils par jour (bpj) et jusqu'à deux ans pour revenir aux niveaux d’avant la guerre, contre seulement 100.000 barils en juillet. Avant le déclenchement de l’insurrection en Libye, le pays, membre de l’Opep, produisait environ 1,6 million de bpj, soit près de 2% de la production mondiale.
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