La chute du Nasdaq reflète sa survalorisation
Commencée il y a cinq semaines (voir graphique), la correction boursière des valeurs technologiques sur le marché américain s’est amplifiée depuis quelques jours, comme en témoigne le repli de 3,1% de l’indice Nasdaq Composite jeudi dernier, sa plus forte baisse sur une séance depuis novembre 2011. L’indice perdait encore 1,34% à la clôture de Wall Street vendredi. Alors qu’il avait bondi de près d’un tiers au cours des deux premiers mois de l’année, son recul dépasse 7% depuis le 5 mars.
Les anticipations d’une politique monétaire moins accommodante de la Réserve fédérale ont contribué à déclencher cette correction, de même que la perception de risques économiques ou politiques plus importants sur certains marchés émergents comme la Chine, la Russie ou l’Ukraine. Mais la principale cause du retrait des investisseurs semble être le niveau de valorisation extrêmement élevé du Nasdaq Composite, qui se traite à 35 fois les bénéfices de l’exercice en cours, contre un multiple d’environ 17 fois pour le S&P 500 ou pour l’indice mondial «MSCI All-Country World Index».
Outre le désengagement de fonds d’arbitrage, des ventes importantes de produits ETF de la part des ménages américains ont accéléré ce mouvement qui se révèle ainsi peu sélectif, puisque ces produits visent à répliquer la performance des indices. «Dans la récente correction du Nasdaq, l’ensemble des valeurs biotechnologiques ont été vendues», note le bureau de recherche économique d’Aurel BGC dans son point mensuel d’avril, en ajoutant que la valorisation excessive de ce segment «a affecté l’ensemble des valeurs du Nasdaq, quelle que soit leur valorisation». Il relève aussi que les groupes affichant d’importants programmes de rachat d’actions comme Apple, Qualcomm ou EMC, ont été épargnés par ce retournement. A contrario des sociétés comme Facebook, Amazon ou Yahoo, ont décroché d’au moins 15% par rapport à leur plus haut niveau calculé sur une période d’un an.
Bien que les craintes d’une répétition du krach de l’an 2000 sur les valeurs internet semblent globalement exagérées compte tenu du plus grand degré de maturité du secteur, les promesses de bénéfices liées à certains segments comme les applications mobiles constituent un véritable pari sur le moyen terme. En témoigne l’offre de 19 milliards de dollars en cash et en titres de Facebook sur WhatsApp début mars, dont la valeur a entretemps baissé d’environ 15%.
Ce retour de la prudence pourrait avoir des conséquences sur les futures introductions en Bourse prévues dans ce secteur. Selon des statistiques compilées par Bloomberg, une trentaine d’entreprises ont depuis le début de l’année déposé leurs documents préparatoires afin de lever environ 4 milliards de dollars à travers une première cotation sur le Nasdaq, dont le géant chinois du e-commerce Alibaba et son concurrent plus petit JD.com. S’ils persistent dans leur intention, les prises de bénéfices réalisées sur le secteur pourraient contraindre ces candidats à revoir à la baisse leur niveau de valorisation.
La saison des résultats trimestriels qui vient de s’ouvrir aux Etats-Unis devrait par ailleurs être l’occasion pour les investisseurs de revenir à un examen plus méthodique des fondamentaux des entreprises technologiques, en étant plus attentifs à leurs perspectives de rentabilité et à leurs projets d’investissement.
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