La Chine met au pas ses plateformes numériques
Le message de Pékin sonne comme un avertissement. Le développement tous azimuts des groupes internet chinois appartient au passé, a fait savoir en substance le comité de conseil et de coordination financière du Parti communiste à la suite d’une réunion présidée lundi par le président Xi Jinping. Les autorités réglementaires ont reçu des ordres en vue de renforcer la surveillance des grandes plateformes numériques, de réprimer les monopoles, de promouvoir une concurrence loyale et d’empêcher des mouvements capitalistiques désordonnés, a rapporté la télévision publique CCTV. Ce contrôle accru vise également à améliorer la sécurité des données gérées par ces entreprises.
Selon le cabinet de conseil EMarketer, les achats en ligne devraient représenter cette année plus de la moitié des ventes au détail en Chine, une proportion record à l’échelle mondiale. Les autorités de la concurrence du pays ont mis en exergue certaines pratiques commerciales abusives comme les accords d’exclusivité forcée, le recours à des prix d’éviction et l’utilisation d’algorithmes favorisant les nouveaux clients par rapport aux plus anciens. «La domination sur un marché est maintenant un inconvénient, alors qu’elle attirait les investisseurs dans le passé», constate Ke Yan, analyste chez DZT Research à Singapour.
Un développement non standardisé
«Certaines plateformes se développent de façon non standardisée et cela présente des risques», précise le compte-rendu de cette réunion au sommet. «Il est nécessaire d’accélérer l’amélioration de la législation qui régit le modèle économique de ces plateformes afin de combler les lacunes et les failles en temps opportun», ajoute le rapport. Si le gouvernement chinois a concentré ses attaques contre Alibaba et son bras financierAnt Groupau cours des derniers mois, de nombreuses entreprises entreront désormais dans son collimateur comme le groupe de VTC Didi Chuxing, le spécialiste de la livraison de repas Meituan ou JD.com, numéro deux du commerce électronique dans l’empire du Milieu. Selon des sources proches du dossier citées par Bloomberg, le réseau social Tencent devrait à son tour être contraint de regrouper l’ensemble de ses activités financières au sein d’une holding.
L’intégration verticale de ces plateformes peut «restreindre l’innovation et la création d’emplois», estime Chen Xi, professeur adjoint à l’Université Xi’an Jiaotong, en ajoutant que «leur expansion désordonnée créera inévitablement des obstacles à la reprise de l’économie mondiale». Les autorités sont déjà passées de la parole aux actes. En fin de semaine dernière, Tencent et le moteur de recherche Baidu ont été mis à l’amende à hauteur de 500.000 yuans (65.000 euros) chacun pour avoir omis de solliciter l’accord de l’Administration centrale de régulation du marché chinois (SAMR) lors d’opérations de fusions et acquisitions remontant respectivement à 2018 et 2014. La même sanction financière a été appliquée à une filiale de Didi Chuxing et au japonais SoftBankqui avaient mis en place une coentreprise sans autorisation préalable.
ByteDance se diversifie dans les semi-conducteurs
Pour des motifs similaires, ByteDance, maison mère de l’application de vidéos sociales TikTok et de son équivalent chinois Douyin, a même été conduit à mettre une croix sur la coentreprise formée avec son partenaire Shangai Dongfang Newspaper dans le domaine de la blockchain et de la propriété intellectuelle. Un porte-parole de ByteDance a par ailleurs confirmé à Bloomberg avoir lancé le recrutement d’une douzaine d’ingénieurs afin de se développer dans les semiconducteurs. Il entend mettre en place ses propres serveurs qui fonctionneraient avec des puces conçues par le britannique ARM. Cette diversification a l’avantage d’être conforme aux souhaits du Parti communiste chinois qui a annoncé début mars dans son plan quinquennal une hausse des investissements dans plusieurs secteurs clés comme les semi-conducteurs ou l’intelligence artificielle pour mieux rivaliser avec les Etats-Unis.
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